Chapitre 4 : « Où que tu ailles... Quoi que tu fasses... »  (Rien ne peut les arrêter (Finie)) posté le samedi 05 janvier 2008 18:47

Toutes les chaises sont renversées, les armoires ouvertes, les tiroirs vidés de leur contenu. Des débris d'assiettes et autres ustensiles en tout genre jonchent le sol. Sun cligne des yeux plusieurs fois de suite, espérant que ça ne soit qu'une hallucination. Mais elle doit se rendre à l'évidence, la scène s'étale devant ses yeux, bien réelle. La jeune femme recule lentement et tourne le dos à cette vision insoutenable. Le souvenir de ce fameux jour revient encore et encore dans ses pensées, torturant son esprit déjà extenué par toutes les épreuves qu?elle a traversées. Elle revoit les traînées de sang partout sur le sol, le couteau sur la table...
Sun se précipite aux toilettes, prise de nausée à ces souvenirs douloureux. Après quelques minutes, elle se relève péniblement et décroche le téléphone. Ses coups de fil finis, elle examine le reste de sa maison. Aucune pièce n'a été laissée au hasard : Tous les tiroirs, toutes les armoires, le moindre endroit susceptible de pouvoir contenir quelque chose a été fouillé, saccagé, retourné dans tous les sens. Encore pire que la dernière fois. Elle sort de son domicile, où une atmosphère hostile a remplacé le parfum épicé et le calme qui règnent habituellement chez elle. Sun s'assois sous le porche, sur les marches en marbre, et enfouit sa tête au creux de ses mains, en attendant l'arrivée de la police, d'Ally et de sa fille.

-Sun, Sun, ça va ????, crie une voix paniquée qui paraît lointaine à Sun.

La femme blonde lève lentement la tête, semblant revenir à la réalité.

-A...Ally ? ça fait combien de temps que tu es là ?, interroge Sun, surprise par la présence de son amie.

-Je viens d'arriver, j'ai fais le plus vite que j'ai pu, tu m'as appelée il y a environ un quart d'heures. Tu es sûre que ça va ?, lui redemande Ally, en scrutant Sun d'un œil inquiet.

-Oui oui, ça va, je t'assure? C'est juste que... Je... Je ne sais plus trop où j'en suis avec tout ce qu'il m'arrive ces dernières années. Et là je crois que c'est la fois de trop, j'en peux plus Ally, dis-moi que c'est fini, je craque...

Ally prend Sun dans ses bras et lui murmure calmement à l'oreille :

-Pleure ma puce, tu as besoin d'évacuer, ça te fera du bien.

Sun laisse les larmes couler silencieusement, blottie dans les bras de son amie qui a su trouver les mots justes pour la rassurer un petit peu. Elle laisse la pression s'évacuer petit à petit, soulageant quelque peu le fardeau qu'elle porte depuis 3 ans. Elle ressent une présence à sa droite et tourne la tête dans sa direction. De grands yeux verts l'observent tristement.

-Tu pleures encore... Pourquoi tu n'es pas heureuse ?

Elle est si innocente, si pure, pourquoi doit-elle vivre tout cela si jeune ? Sun prend sa fille dans ses bras et la serre très fort tout en lui assurant que tout va aller mieux maintenant, et qu'elles vont être heureuses toutes les deux. Keyla regarde sa mère dans les yeux et sourit faiblement. Elle lui dit d'une petite voix :

-Je t'aime maman.

-Moi aussi je t'aime ma puce, lui répond Sun en lui déposant un petit baiser sur le front. Allez, va nous attendre dans la voiture un petit moment s'il te plaît, Ally et moi devons parler de choses importantes.

Keyla se rend sans broncher dans la voiture d'Ally. Sun prend les clés des mains de son amie et verrouille les portières de la voiture. Les deux femmes se rendent ensuite à l'intérieur de la maison. Sun s'arrête à côté de la porte d'entrée, elle en a déjà assez vu. Ally, quant à elle, continue d'avancer, explorant chaque pièce de la villa pour constater l'étendue des dégâts. À l'étage, elle entre dans la chambre de Sun et ne peut que constater l'état misérable dans lequel se trouve cette pièce, sûrement la plus saccagée de la demeure. Elle avance à pas feutrés au centre de la chambre. Le plancher grince légèrement, un frisson parcours son dos. Elle s'apprête à sortir de cet endroit après quelques minutes de « contemplation », mais quelque chose de blanc posé sur le lit attire son attention.

-Ally, t'as bientôt fini d'inspecter ma maison ? Les policiers sont entrain d'arriver, viens !, crie Sun depuis le rez-de-chaussée.

-J'arrive, j'arrive !

Ally sort de la pièce, mais revient sur ses pas, se souvenant de ce qu'elle a vu il y a quelques instants. Elle marche rapidement jusqu'au lit et y découvre une enveloppe blanche. Le nom de Sun y est écrit. Ally s'empare de l'enveloppe. Elle se retient de l'ouvrir, étouffant à grande peine son immense curiosité. Elle descend lentement les escaliers en serrant nerveusement l'enveloppe entre ses mains moites. Elle reste un moment plantée sur l'avant dernière marche. Les policiers sont arrivés et interrogent Sun. Personne ne l'a vu arriver. Des questions défilent à toute vitesse dans sa tête, et en une fraction de seconde, elle enfile l'enveloppe dans la poche arrière de son jean et finit de descendre l'escalier en faisant du bruit avec ses talons hauts pour faire remarquer sa présence. Elle colle un grand sourire plein d'innocence sur ses lèvres et prétexte une affaire urgente à régler avec Sun au plus vite. Les policiers la sondent bizarrement du regard, puis la laissent partir avec Sun. Ally tire son amie dehors en la tenant fermement par le bras. Elle l'entraîne jusqu'à l'arrêt de bus pour être sûre d'être à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes. Elle intime à Sun de s'asseoir sur le banc d'un geste vif du bras. Son amie la questionne du regard, complètement interloquée.

-Ally, Qu..., commence Sun, étonnée par le comportement de sa meilleure amie.

Ally met un doigt sur ses lèvres pour lui faire comprendre qu'il faut se taire. Un silence pesant s'installe, Ally tend l'oreille pour repérer le moindre bruit suspect. Elle scrute les moindres recoins autour d'elles de ses yeux perçants. Au bout de cinq minutes, elle rompt enfin cette atmosphère devenue particulièrement étrange et gênante.

- Je..., murmure Ally, semblant hésiter à continuer. J'ai trouvé ça sur ton lit, je l'ai prise pour que tu puisses la lire avant qu'elle passe entre les mains des policiers.

Elle tend l'enveloppe à Sun d'une main tremblante, continuant à guetter le moindre bruissement de feuilles aux alentours. Sun regarde bizarrement ce bout de papier, elle ne comprend plus rien du tout. Elle interroge une nouvelle fois son amie du regard, espérant y trouver une réponse, ou alors du réconfort. Mais Ally a l'air aussi perdue et inquiète qu'elle. Sun ouvre lentement l'enveloppe, les doigts frémissants. Elle hésite un petit moment avant de jeter un coup d?œil dedans, on peut lire beaucoup d'appréhension dans son regard. Ally fixe l'enveloppe, comme hypnotisée par cette petite chose.

-Ouvres-la, je ne me sens pas capable de regarder ce qu'il y a dedans, j'ai trop peur, dit fermement Sun à Ally, toujours plantée en face d'elle, immobile.

Ally hoche la tête en signe d'approbation et tend la main vers Sun pour qu'elle lui remette l'enveloppe déjà ouverte. Elle la prend, inspire une bonne bouffée d'air frais et renverse le contenu de l'enveloppe au creux d'une de ses mains. Sun voit les yeux de son amie s'agrandir, une lueur de grande surprise, puis un air triste animent son regard. Ally dépose délicatement l'objet de son étonnement dans la paume droite de Sun, qui met son autre main devant sa bouche à la vue de cette chose. Les yeux de la jeune femme blonde regardent à tour de rôle Ally, puis sa main droite dans un mouvement rapide et répété.

Soudain, un bruit sourd émane de la haie située derrière le banc, à une vingtaine de mètres. Sun ferme instinctivement sa main sur le petit objet doré qu'elle contemple depuis quelques secondes, et le serre très fort, comme si elle avait peur qu'il disparaisse d'une minute à l'autre. Ally avance rapidement vers la haie, le cœur battant, d'un pas qui se veut assuré et autoritaire. Elle ne trouve personne caché derrière, mais remarque plusieurs traces de pas. Elle contourne les buissons, et peut aisément repérer plusieurs autres empreintes de chaussures qui tracent un chemin menant plus loin. Elle soupçonne quelqu'un d'avoir prit précipitamment la fuite... Cette personne était-elle là pour les écouter, les surveiller...
Ally rebrousse chemin pour revenir près de sa meilleure amie. Elle s'assied à côté d'elle et reprend l'enveloppe dans ses mains. Elle en sort une feuille pliée en quatre, et la tend à Sun, qui est toujours entrain de contempler le petit objet qu'elle tient entre ses doigts. La feuille blanche tendue juste sous son nez tire Sun de sa rêverie. Elle s'en empare vivement et la déplie nerveusement. Elle la lit, ses yeux se déformant de plus en plus sous l'angoisse après chaque mot. Le ciel s'assombrit, des nuages noirs cachent le peu de lumière qu'il reste. Quand elle a fini de lire la lettre, ses mains tremblent. Elle regarde Ally, paniquée et lui donne l'objet de son angoisse. La femme aux longs cheveux noirs balaye lentement la lettre des yeux. L'écriture est fine, légèrement penchée, très classe. L'encre est de couleur rouge sang, avertissant déjà le lecteur du contenu peu rassurant qu'on peut trouver sur le bout de papier. Elle lit lentement, pour bien saisir le sens de tout ce qui est écrit. Elle laisse tomber lourdement ses mains sur ses genoux, l'air abattu. Les deux jeunes amieS commencent à parler tout bas, l'air toutes les deux effrayées par ce qu'elles viennent de lire. Le vent rend l'air glacial et des grondements lointains se font entendre. Les nuages noirs deviennent plus menaçants, quelques gouttes tombent déjà du ciel en colère. Après quelques minutes, une pluie torrentielle se déverse du ciel déchaîné. Ally et Sun courent jusqu'à la voiture de la « brunette » et entrent en trombe dedans pour se mettre à l'abris de l'orage, réveillant au passage Keyla qui s'était assoupie, allongée sur les sièges arrière. Sa mère lui fait signe de se rendormir, puis regarde la nature faire des siennes à travers le pare-brise du véhicule. Un policier s'approche de la voiture, du côté de Sun, et toque à la vitre. Sun pèse sur le bouton et la vitre descend automatiquement.

-Nous n'avons rien trouvé de très concluant, je pense que nous allons continuer nos recherches au cours de la nuit, vous devriez trouver un endroit pour...

-Elles viennent chez moi, c'est déjà réglé !, le coupe Ally, le ton enjoué. On reviendra demain matin pour voir où vous en êtes.

Elle donne un coup de coude à Sun, qui réagit immédiatement en fermant la fenêtre très rapidement. Elle met en vitesse sa ceinture de sécurité, les deux passagères l'imitant, et démarre brusquement. Dès qu'elle a dépassé la maison, elle appuie sur l'accélérateur et roule comme une dératée sur la petite route qui mène à son immense villa, s'éloignant au plus vite de la demeure de son amie, et surtout de tous ces flics. Pendant le trajet, personne ne parle, le silence règne. Sun regarde le paysage gris et morose défiler, pensive. Elle serre très fort l'objet que contenait la mystérieuse enveloppe trouvée sur son lit. Elle repense au contenu de cette lettre, les mots effrayants, les menaces résonnant dans sa tête, comme un écho sans fin. Mais c'est surtout la dernière phrase qui a retenu son attention, et qui lui a glacé le sang.

«...N'oublies pas, où que tu ailles, quoi que tu fasses, tu ne peux pas nous échapper... si tu fais la moindre erreur, ta famille et tes amis en paieront le prix. »

 

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