(Narration : Ofelia)
Le jeune homme entra dans ma chambre et s’avança
jusqu’à moi d’un pas assuré. Je
frémis en sentant sa présence juste dans mon dos,
à quelques malheureux petits centimètres. Je me
sentais à nouveau vulnérable. Il avait encore une
fois franchi ma barrière de protection. Je l’entendis
rire. Ce petit jeu l’amusait beaucoup. Pas moi. Mais je
n’y pouvais rien. Dès qu’il était trop
proche, je devenais son pantin, sa chose. Je ne pouvais plus
lutter.
D’un geste habile, il m’attrapa par les hanches et me
fit tourner de façon à ce que je lui fasse face. Je
baissai immédiatement le regard, ne tenant pas à
croiser ses prunelles tentatrices. Il resserra un peu plus son
étreinte, me collant à son corps que j’avais
possédé et qui maintenant ne m’appartenait
plus. Je le désirais de tout mon être. Mais je ne
devais pas. Je devais résister. Le problème,
c’est que j’en étais incapable.
-Jake... non..., murmurai-je au bord des larmes en sentant sa main
glisser sous mon pull et frôler mon dos, tout en sachant
pertinemment qu’il n’écoutait jamais ce que je
disais.
Il continua son manège quelques minutes puis se
détacha de moi. Il enleva son t-shirt, dévoilant son
torse puissant qui me faisait tant rêver. Je ne pus
m’empêcher de le détailler. Il était
tellement beau. Sa bouche déformée par un sourire
moqueur, ses yeux gris envoûtants, ses cheveux bruns si doux.
Je pouvais encore ressentir leur contact sur mes doigts.
Hésitante, je passai mes mains dans cette chevelure soyeuse,
arrachant un sourire vainqueur à cet homme que mon instinct
me criait de fuir mais dont je ne pouvais me détacher, tant
mon attirance à son égard m’ensorcelait.
J’éprouvais encore pour lui des sentiments bien trop
forts pour que je puisse lutter et sortir gagnante e cette
bataille.
Il m’agrippa les hanches et je m’accrochai comme
à une bouée de secours à son cou. Comme
s’il était mon sauveur. Pourtant, c’était
tout le contraire. Je ne pouvais éviter de me demander ce
qu’aurait été ma vie s’il n’y
était jamais entré. Elle n’aurait bien
sûr pas été parfaite, mais je ne serais pas
tombée aussi bas. Les apparences sont souvent trompeuses.
Cet homme aux allures d’ange m’avait promis monts et
merveilles et moi comme une abrutie, je l’avais cru
aveuglement. Je me suis prise dans ses filets, éblouie par
l’admiration que je lui vouais. Il s’est bien fichu de
moi. J’étais juste la fille de plus, un pauvre cruche
innocente et manipulable à souhait. Il m’a fait chuter
plus bas que terre. Je ne me suis jamais relevée.
J’enfouis ma tête au creux de son cou,
m’abandonnant une fois de plus dans les bras de
l’ennemi. Son odeur emplit mes poumons et fit chavirer mon
cœur. J’étais dans un autre monde. Un pays
illusoire où j’étais la seule à ses
yeux. Un rêve que je n’atteindrais jamais. Mais je
m’y accrochai de toutes mes forces. Je m’agrippai
à ce petit bout de paradis dans lequel je me plongeai corps
et âme pour apercevoir ne serait-ce qu’un
soupçon de bonheur.
Je sentis son buste se baisser et mon dos heurta le matelas. Je me
retrouvai étendue sous ce démon. Mon corps
était en ébullition. Je fermai les yeux et me laissai
complètement aller. Jake me souleva un peu et jeta mon vieux
pull qui s’affaissa sur le sol, près de mon bureau. Il
me plaqua violemment contre le lit et laissa ses lèvres
glisser sur ma peau. Je frémis et une peur envahissante
s’empara de tout mon être. J’étais
tombée dans son piège. Volontairement. J’y
avais moi-même mis les pieds sans aucune résistance.
J’étais pathétique.
Alors que mon souffle s’accélérait au rythme de
ses caresses expertes, un bruit désagréable vint me
tirer de mon paradis artificiel. J’entendis Jake
vociférer et j’ouvris difficilement mes yeux. Je le
vis s’emparer rageusement de son portable coincé dans
la poche arrière de son jean. Il se releva en frappant
d’un pied exaspéré le sol et répondit
d’une voix des plus désagréables. Je reconnus
à la seconde même où elle parvint à mon
oreille le timbre horripilant de cette femme que je
détestais jusqu’aux racines les plus profondes de mon
cœur. Haydee. Ma sœur. Celle qui avait tout ce que je
voulais avoir. Y comprit lui, l’homme de mes rêves. Cet
homme qui jouait avec moi comme si j’étais une
vulgaire poupée, mais que je ne pouvais me résoudre
à haïr.
Jake revêtit son t-shirt après avoir raccroché
et sorti de la pièce sans même un seul regard en
arrière. Comme s’il en avait quelque chose à
faire de mes états d’âme. Je retins mes pleurs
jusqu’à que la porte d’entrée claque. Je
fondis alors en larmes et me réfugiai sous ma
couverture.
Une nouvelle fois, je m’étais laissée embobiner
et je me retrouvai à pleurer un torrent de larmes pour ce
salaud que je chérissais tant. La désillusion
était grande, le retour à la réalité
brusque et cruel, mais c’était mon quotidien.
Souffrir, me relever, chuter encore... jusqu’à
l’épuisement complet du corps et de
l’esprit.
Le soir arriva vite, amenant un peu de fraîcheur au milieu de
cette chaleur étouffante qui avait pris possession de
l’atmosphère depuis quelques semaines. Coiffée
négligemment, les yeux entourés d’une mer de
crayon noir et mes habits préférés
enfilés a la va-vite, je sortis à pas de loup de la
demeure familiale, espérant ne pas me faire repérer
par ma mère qui travaillait dans le salon.
Le coin de la rue passé, je me détendis et marchai
tranquillement le long de la longue route qui mène au centre
ville. Je me dirigeai sans hésiter vers un bar dont
l’enseigne de couleur vive attirait l’attention de tous
les passants sans pour autant qu’ils osent
pénétrer dans le bâtiment. L’inscription
« El Loco » était à moitié
effacée. Un groupe d’individus plus que louches se
tenaient debout devant l’entrée, des verres
d’alcools et des joins plein les mains. Je les contournai en
prenant la précaution de ne pas croiser leur regard et
pénétrai discrètement dans le bar afin de ne
pas me faire remarquer. Quelques figures connues
m’adressèrent un sourire ou un signe de la main. Je me
frayai un chemin jusqu’à la pièce située
dans le fond de l’établissement et m’assis sur
un petit tabouret en bois, en face d’une jeune femme aux
traits familiers. Elle me fixa malicieusement de ses deux prunelles
couleur océan et m’adressa un « Hey Ofe !
» jovial comme elle en avait le don. Sa bonne humeur
quasi-permanente ne tarda pas à me gagner. Je me surpris
même à sourire et à rire naturellement, sans
que ce soit pour cacher un quelconque malaise. J’avais
presque oublié la saveur de ces moments de joies sans aucune
arrière-pensée. Cette femme était le seul
membre de ma famille qui me comprenait, la seule avec qui je
pouvais être moi sans avoir peur d’être
jugée, critiquée et rabaissée plus bas que
terre. C’était ma cousine, Eva. Elle habitait à
deux pas de chez moi, j’allais donc souvent me
réfugier près d’elle pour éviter les
remarques désagréables et incessantes de mes chers
parents, ainsi que l’ego démesuré et les
caprices de ma sœur.
La soirée passa à une vitesse affolante. Aux environs
de 3 heures du matin, je me résignai à quitter ma
cousine et à retrouver ma prison.
Sur le chemin, je me retournai de temps en temps, attentive au
moindre bruit. J’avais l’impression d’être
suivie, pourtant la rue était déserte. Je
m’arrêtai devant la porte de mon domicile et jetai un
dernier coup d’œil derrière moi. Rien. Seulement
cette obscurité qui m’effrayai. Un frisson me parcouru
l’échine, j’ouvris la porte d’un geste vif
tout en prenant soin de ne pas faire trop de bruit et
m’adossai contre le mur du couloir, le cœur battant.
Après quelques minutes d’attente dans un silence de
mort, je poussai un long soupir de soulagement et
m’avançai silencieusement dans le salon. Lorsque mes
yeux se posèrent sur la mine dure de mon père, assis
sur un fauteuil, je lâchai mon sac qui s’écrasa
par terre. Le regard qu’il me lança, je le connaissais
par cœur. Je savais exactement ce qui m’attendait. Et
j’avais peur...