Chute libre (en cours)

*Chute Libre*  (Chute libre (en cours)) posté le jeudi 24 janvier 2008 23:10

Chute libre:

Ofelia Sanchez, une jeune femme de 18 ans a tout sauf une vie facile. Entre un père alcoolique et violent, une mère indifférente qui fait tout pour la rabaisser et une soeur egoïste et idôlatrée par ses parents, elle craque. Elle décide de quitter cet enfer, de fuir tous ses malheurs. Malheureusement pour elle, le destin n'est pas décidé à la laisser en paix et lui résérve encore bien des souffrances.

 

 

Cette histoire sera faîte de trois parties:

 

1) Fugue

2) Lumière

3) Descente aux enfers 

 

*La narration sera faite par différents personnages de l'histoire selon les chapitre, le nom du personnage sera toujours indiqué en début de chapitre.*

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Prologue (Partie 1)  (Chute libre (en cours)) posté le samedi 26 janvier 2008 13:00

(Narration: Ofelia)

 

Le vent glacial s’engouffra dans mes habits troués et déchirés de toute part. Ma peau frémit sous cette caresse désagréable. Je m’avançai lentement au milieu d’une allée déserte, sans aucun but, laissant mes pas me guider. Mes longs cheveux bruns, que je n’avais pas lavés depuis plusieurs jours, tombaient nonchalamment  sur mon visage et mes épaules, tels de vulgaires lambeaux de tissus rigidifiés par la saleté. Des cernes très marquées soulignaient mes yeux bleus comme l’océan, montrant l’épuisement qui me tiraillait tout entière ces dernières semaines.
Dans mes prunelles, on pouvait lire la lassitude, l’envie de tout abandonner, de partir loin de cette vie qui ne m’apportait que déceptions après déceptions, échecs après échecs.
Ma peau, autrefois douce, était marquée par les obstacles que j’avais dû franchir ainsi que par les souffrances physiques et psychologiques que j’avais endurées. Des cicatrices, des hématomes, du sang… Autant de vestiges de ma vie passée et de réalités de mon présent qui me rappelaient à chaque fois que je regardais mon corps combien j’allais mal.
Mon pull, aux manches courtes, laissait entrevoir mes bras, montrant à quel point j’étais tombée bas. À quel point ma vie était devenue misérable.
On y trouvait des traces de piqûres, de nombreuses plaies découlant des mutilations que je m’infligeais chaque jour. Des entailles profondes et indélébiles.
Je me dégoûtais. Mon âme était presque morte, plongeant lentement au fond du gouffre, se détruisant morceau par morceau jusqu’à ne devenir qu’un insignifiant tas de poussière qui s’envolera à la moindre rafale. Je n’étais plus qu’une sorte d’écorce vide, un vulgaire corps qui errait au milieu de nulle part, rongé de l’intérieur par les démons du désespoir. Vidé. Abandonné.

Une fine pluie se mit à tomber, se transformant peu à peu en forte averse, frigorifiant mon corps déjà meurtri. Je m’immobilisai et levai les yeux au ciel. Les gouttes, semblables à des lames glacées et acérées, ruisselaient sur ma peau, comme pour laver mes fautes. Des pêchés qui me suivront jusqu’à mon dernier souffle. Des erreurs que rien ne pourra effacer, trop ancrées dans mon corps et mon esprit pour que je puisse un jour les oublier ou me les pardonner.
Je ne voulais plus de cette vie qu’on m’avait offerte, servie sur un plateau comme le plus merveilleux des dons. C’était un cadeau empoisonné. Je voulais mourir. Fuir le plus loin possible pour mettre fin à ma douleur. Mais j’étais incapable de me donner la mort. Impuissante face à ces souffrances dont je n’arrivais pas à me soulager. J’étais trop faible, trop lâche. Une misérable petite créature perdue sur une terre que je ne comprenais pas. J’avais essayé de trouver ma place, mais toutes mes tentatives avaient échoué. J’étais seule.

Un coup de tonnerre retentit dans les airs, un éclair fendit le ciel. Je ressassai les souvenirs de mon passé. Des larmes coulèrent sur mes joues, se mêlant à la pluie qui s’abattait toujours sur moi. Je tombai à genoux sur le bitume, le choc entailla mes genoux déjà parsemés de nombreuses blessures. Mon corps fut saisi de tremblements. Je me recroquevillai pour garder le peu de chaleur qu’il me restais.
Des images défilèrent dans ma tête. Mon enfance, mon adolescence, toutes ces périodes qui n’avaient été que douleurs. J’avais dix-huit ans et cela faisait un an jour pour jour que j’avais fugué de chez moi. J’avais abandonné ma famille qui faisait tout pour que ma vie soit un calvaire permanent.
Finalement, j’avais quitté un enfer pour pénétrer dans un autre encore plus destructeur. Je m’étais tuée à petit feu une année durant. J’avais usé mon corps et mon âme jusqu’au bout, j’avais épuisé mes dernières ressources, et maintenant, c’était la fin. La délivrance tant attendue pointait enfin le bout de son nez. J’allais pouvoir me libérer de ce corps qui me retenait prisonnière, depuis ma naissance, de ce monde uniquement façonné de mensonges et de cruauté. Ce monde que je rejetais de toute mon âme…

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Chapitre 1 (Partie 1)  (Chute libre (en cours)) posté le mercredi 13 février 2008 23:47

(Narration : Ofelia)

...1 année plus tôt...

Dix-huit ans. Dix-huit années de cauchemar. Et cette matinée qui débutait me rappelait encore le calvaire que je vivais chaque jour. La lumière tamisée de l’aube apparaissait à peine que j’entendais déjà la douce voix de ma sœur qui braillait dans la cage d’escalier :

-Ofelia, debout ! J’ai autre chose à faire qu’attendre que tu bouges ta sale carcasse de ton pieu !

Je poussai un long soupir de lassitude, blasée par sa gentillesse à mon égard, puis j’enfouis ma tête dans mon oreiller et me recouvrai intégralement de ma couverture pour atténuer ces piaillements insupportables qui horripilaient mes oreilles déjà habituées à ce concert matinal. Alors que je m’assoupissai à nouveau, la porte de ma chambre s’ouvrit dans un vacarme assourdissant, me faisant bondir dans mon lit. Je grognai de mécontentement et soufflai d’un ton désagréable au possible à l’adresse de cet intrus qui osait troubler ma paix :

-Casse-toi vieille peau !

Je sentais mon duvet glisser rapidement sur mon corps et criai :

-Haydee ! Barre-toi de ma chambre !

Une main ferme agrippa ma cheville afin de me tirer hors de mon nid, je me débattis comme une furie et m’accrochai de toutes mes forces au cadre du lit sous les hurlements hystériques de l’animal curieux qui me servait de grande sœur. Elle abandonna la bataille au bout de plusieurs minutes de lutte intensive. Une lumière vive vint me brûler les rétines à travers mes paupières crispées et un froid polaire envahit la pièce. Je criai à Haydee toutes sortes d’insultes, me levai d’un bond et la chassai à coups de pied de mon antre. Elle avait le don de me mettre en rogne dès les premières secondes d’une journée. Moi qui n’étais pas du matin, cela ne faisait qu’empirer mon caractère déjà invivable. J’enfilai nonchalamment un pull par-dessus le bout de tissu qui me faisait office de pyjama et fermai rageusement la fenêtre, avant que le froid ne me transforme en statue de glace. Je sortis de ma caverne, l’esprit encore perdu dans les brumes du sommeil. Déambulant comme un zombie dans les couloirs, je finis par arriver dans la salle à manger, manquant de peu de m’étaler comme une misérable loque sur le sol. Je m’assis lourdement sur une chaise, en face de ma mère qui mangeait son habituel déjeuner –enfin, déjeuner est un  grand mot- : Un fruit, et le plus petit possible bien sûr.
La table était dressée pour trois personnes. Comme chaque matin, j’allai chercher mes couverts en essayant de me persuader que ce n’était qu’une simple étourderie de la part de ma « famille ». Mais après dix-huit ans de vie commune, je commence à douter de ma théorie. Mon père et ma sœur s’assirent à leur tour. Ils commencèrent une discussion. Apparemment, c’était l’ignorance qui était de mise ce matin-là. Tant mieux, je préférai largement qu’ils ne m’adressent pas la parole plutôt qu’ils me balancent leurs remarques cinglantes et leurs reproches incessants à la figure. Je m’extirpai de mon siège, blasée et saisis de mes mains encore endormies le nécessaire pour pouvoir me nourrir. Lorsque je repris ma place autour de la table, j’entendis ma mère émettre une sorte de couinement que je traduisis comme une énième critique de sa part. Oui, j’étais encore dans ses pattes à lui gâcher sa matinée par la simple vue de mon apparence qui lui donnait la nausée.

Une heure plus tard, ils étaient tous partis, sans m’avoir adressé un seul mot de tout le repas. J’étais enfin débarrassée de cette soi-disant famille qui ne me correspondait pas du tout. Je me préparai un bon chocolat chaud et me laissai tomber mollement sur le divan, devant la télé à écran plasma du salon. Je posai mes pieds sur la table basse, profitant de l’absence de mes parents. La télé allumée, je laissai mon esprit vagabonder pendant que je portai paresseusement la tasse à mes lèvres sèches. La sonnerie de l’entrée me sortis de ma léthargie. Je sursautai et me renversai un peu de chocolat brûlant sur la cuisse. Je criais une insulte en frappant du pied par terre et me levais pour aller ouvrir à ce visiteur non désiré. Après avoir soufflé un bon coup pour me calmer, j’ouvris violemment la porte et me retrouvai face à un jeune homme brun aux yeux gris qui me dévisageait avec un sourire que je ne connaissais que trop bien. Moi qui pensais que ma journée commençait bien, je me trompais sur toute la ligne. Ma dernière envie était de me trouver dans la même pièce que cet homme. Tout sauf lui...

-Haydee n’est pas là, elle est déjà partie à son travail, lui crachais-je au visage tout en faisant mine de fermer la porte.

Malheureusement pour moi, il m’empêcha d’accomplir cet acte en coinçant le cadre de son pied puis, sans aucune gêne, entra et alla s’asseoir dans le salon, à la même place où je me prélassais quelques secondes plus tôt.

-C’est toi que je suis venu voir, avait-il annoncé d’un ton emplit de sous-entendu.

Il ne manquait plus que ça. Je serrai les poings et montais en trombe les escaliers qui mènent à ma chambre. J’entendis des bruits de pas se rapprocher de mon antre. Je ne voulais pas lui parler. Je refusais qu’il joue encore avec moi. Pourtant, j’étais incapable de mettre un terme à cette situation qui me rongeait l’âme et me faisais souffrir depuis deux ans déjà.

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Chapitre 2 (Partie 1)  (Chute libre (en cours)) posté le samedi 29 mars 2008 13:37

(Narration : Ofelia)

Le jeune homme entra dans ma chambre et s’avança jusqu’à moi d’un pas assuré. Je frémis en sentant sa présence juste dans mon dos, à quelques malheureux petits centimètres. Je me sentais à nouveau vulnérable. Il avait encore une fois franchi ma barrière de protection. Je l’entendis rire. Ce petit jeu l’amusait beaucoup. Pas moi. Mais je n’y pouvais rien. Dès qu’il était trop proche, je devenais son pantin, sa chose. Je ne pouvais plus lutter.
D’un geste habile, il m’attrapa par les hanches et me fit tourner de façon à ce que je lui fasse face. Je baissai immédiatement le regard, ne tenant pas à croiser ses prunelles tentatrices. Il resserra un peu plus son étreinte, me collant à son corps que j’avais possédé et qui maintenant ne m’appartenait plus. Je le désirais de tout mon être. Mais je ne devais pas. Je devais résister. Le problème, c’est que j’en étais incapable.

-Jake... non..., murmurai-je au bord des larmes en sentant sa main glisser sous mon pull et frôler mon dos, tout en sachant pertinemment qu’il n’écoutait jamais ce que je disais.

Il continua son manège quelques minutes puis se détacha de moi. Il enleva son t-shirt, dévoilant son torse puissant qui me faisait tant rêver. Je ne pus m’empêcher de le détailler. Il était tellement beau. Sa bouche déformée par un sourire moqueur, ses yeux gris envoûtants, ses cheveux bruns si doux. Je pouvais encore ressentir leur contact sur mes doigts. Hésitante, je passai mes mains dans cette chevelure soyeuse, arrachant un sourire vainqueur à cet homme que mon instinct me criait de fuir mais dont je ne pouvais me détacher, tant mon attirance à son égard m’ensorcelait. J’éprouvais encore pour lui des sentiments bien trop forts pour que je puisse lutter et sortir gagnante e cette bataille.
Il m’agrippa les hanches et je m’accrochai comme à une bouée de secours à son cou. Comme s’il était mon sauveur. Pourtant, c’était tout le contraire. Je ne pouvais éviter de me demander ce qu’aurait été ma vie s’il n’y était jamais entré. Elle n’aurait bien sûr pas été parfaite, mais je ne serais pas tombée aussi bas. Les apparences sont souvent trompeuses. Cet homme aux allures d’ange m’avait promis monts et merveilles et moi comme une abrutie, je l’avais cru aveuglement. Je me suis prise dans ses filets, éblouie par l’admiration que je lui vouais. Il s’est bien fichu de moi. J’étais juste la fille de plus, un pauvre cruche innocente et manipulable à souhait. Il m’a fait chuter plus bas que terre. Je ne me suis jamais relevée.
J’enfouis ma tête au creux de son cou, m’abandonnant une fois de plus dans les bras de l’ennemi. Son odeur emplit mes poumons et fit chavirer mon cœur. J’étais dans un autre monde. Un pays illusoire où j’étais la seule à ses yeux. Un rêve que je n’atteindrais jamais. Mais je m’y accrochai de toutes mes forces. Je m’agrippai à ce petit bout de paradis dans lequel je me plongeai corps et âme pour apercevoir ne serait-ce qu’un soupçon de bonheur.
Je sentis son buste se baisser et mon dos heurta le matelas. Je me retrouvai étendue sous ce démon. Mon corps était en ébullition. Je fermai les yeux et me laissai complètement aller. Jake me souleva un peu et jeta mon vieux pull qui s’affaissa sur le sol, près de mon bureau. Il me plaqua violemment contre le lit et laissa ses lèvres glisser sur ma peau. Je frémis et une peur envahissante s’empara de tout mon être. J’étais tombée dans son piège. Volontairement. J’y avais moi-même mis les pieds sans aucune résistance. J’étais pathétique.

Alors que mon souffle s’accélérait au rythme de ses caresses expertes, un bruit désagréable vint me tirer de mon paradis artificiel. J’entendis Jake vociférer et j’ouvris difficilement mes yeux. Je le vis s’emparer rageusement de son portable coincé dans la poche arrière de son jean. Il se releva en frappant d’un pied exaspéré le sol et répondit d’une voix des plus désagréables. Je reconnus à la seconde même où elle parvint à mon oreille le timbre horripilant de cette femme que je détestais jusqu’aux racines les plus profondes de mon cœur. Haydee. Ma sœur. Celle qui avait tout ce que je voulais avoir. Y comprit lui, l’homme de mes rêves. Cet homme qui jouait avec moi comme si j’étais une vulgaire poupée, mais que je ne pouvais me résoudre à haïr.
Jake revêtit son t-shirt après avoir raccroché et sorti de la pièce sans même un seul regard en arrière. Comme s’il en avait quelque chose à faire de mes états d’âme. Je retins mes pleurs jusqu’à que la porte d’entrée claque. Je fondis alors en larmes et me réfugiai sous ma couverture.

Une nouvelle fois, je m’étais laissée embobiner et je me retrouvai à pleurer un torrent de larmes pour ce salaud que je chérissais tant. La désillusion était grande, le retour à la réalité brusque et cruel, mais c’était mon quotidien. Souffrir, me relever, chuter encore... jusqu’à l’épuisement complet du corps et de l’esprit.

Le soir arriva vite, amenant un peu de fraîcheur au milieu de cette chaleur étouffante qui avait pris possession de l’atmosphère depuis quelques semaines. Coiffée négligemment, les yeux entourés d’une mer de crayon noir et mes habits préférés enfilés a la va-vite, je sortis à pas de loup de la demeure familiale, espérant ne pas me faire repérer par ma mère qui travaillait dans le salon.
Le coin de la rue passé, je me détendis et marchai tranquillement le long de la longue route qui mène au centre ville. Je me dirigeai sans hésiter vers un bar dont l’enseigne de couleur vive attirait l’attention de tous les passants sans pour autant qu’ils osent pénétrer dans le bâtiment. L’inscription « El Loco » était à moitié effacée. Un groupe d’individus plus que louches se tenaient debout devant l’entrée, des verres d’alcools et des joins plein les mains. Je les contournai en prenant la précaution de ne pas croiser leur regard et pénétrai discrètement dans le bar afin de ne pas me faire remarquer. Quelques figures connues m’adressèrent un sourire ou un signe de la main. Je me frayai un chemin jusqu’à la pièce située dans le fond de l’établissement et m’assis sur un petit tabouret en bois, en face d’une jeune femme aux traits familiers. Elle me fixa malicieusement de ses deux prunelles couleur océan et m’adressa un « Hey Ofe ! » jovial comme elle en avait le don. Sa bonne humeur quasi-permanente ne tarda pas à me gagner. Je me surpris même à sourire et à rire naturellement, sans que ce soit pour cacher un quelconque malaise. J’avais presque oublié la saveur de ces moments de joies sans aucune arrière-pensée. Cette femme était le seul membre de ma famille qui me comprenait, la seule avec qui je pouvais être moi sans avoir peur d’être jugée, critiquée et rabaissée plus bas que terre. C’était ma cousine, Eva. Elle habitait à deux pas de chez moi, j’allais donc souvent me réfugier près d’elle pour éviter les remarques désagréables et incessantes de mes chers parents, ainsi que l’ego démesuré et les caprices de ma sœur.
La soirée passa à une vitesse affolante. Aux environs de 3 heures du matin, je me résignai à quitter ma cousine et à retrouver ma prison.
Sur le chemin, je me retournai de temps en temps, attentive au moindre bruit. J’avais l’impression d’être suivie, pourtant la rue était déserte. Je m’arrêtai devant la porte de mon domicile et jetai un dernier coup d’œil derrière moi. Rien. Seulement cette obscurité qui m’effrayai. Un frisson me parcouru l’échine, j’ouvris la porte d’un geste vif tout en prenant soin de ne pas faire trop de bruit et m’adossai contre le mur du couloir, le cœur battant. Après quelques minutes d’attente dans un silence de mort, je poussai un long soupir de soulagement et m’avançai silencieusement dans le salon. Lorsque mes yeux se posèrent sur la mine dure de mon père, assis sur un fauteuil, je lâchai mon sac qui s’écrasa par terre. Le regard qu’il me lança, je le connaissais par cœur. Je savais exactement ce qui m’attendait. Et j’avais peur...

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Chapitre 3 (Partie 1)  (Chute libre (en cours)) posté le samedi 29 mars 2008 20:09

(Narration : Ofelia)

Il se leva de son siège et s’immobilisa, ses yeux assassins posés sur moi me brûlaient la peau. Une odeur âcre s’élevait dans la pièce. Il avait bu plus que de raison, encore une fois. Et j’allais en faire les frais. Moi, l’erreur de la famille, la ratée. Ils s’en fichaient tous que je souffre. Tant que ça ne nuisait pas à leur existence parfaite.
Comme il n’esquissait pas le moindre geste, je m’avançai en direction des escaliers situés derrière lui, avec l’infime espoir qu’il me laisse rejoindre ma chambre sans me faire de mal. Alors que je passais près de lui, les muscles crispés, il m’agrippa le bras et me plaqua contre la paroi la plus proche. Une vive douleur se propagea le long de ma colonne vertébrale. Je serrai les dents et attendis le prochain coup qui ne tarda pas à venir, touchant mon ventre de plein fouet. Il s’en prit ensuite à mon visage. Je ne sentais plus ma mâchoire. Le reste de mon corps non plus. Je n’étais plus qu’une pauvre fille apeurée qui attendait en silence que son calvaire se finisse.
J’avais l’impression que le temps s’était arrêté. Cette scène, je l’avais déjà vécue. Depuis trois ans, c’était presque mon quotidien.
Un autre coup s’abattit sur mon corps meurtri. Je m’efforçai de penser à tout un tas de choses banales. Je m’enfermai dans ma bulle pour supporter cette souffrance physique et morale. Des larmes silencieuses inondèrent mes joues. Elles se mêlèrent avec le sang qui tachait déjà ma peau.
Soudain, je me sentis tomber en arrière avec violence et mon corps s’abattit sur les marches de l’escalier. Mon esprit s’embrouilla, je ne distinguai plus rien à part les pas de mon père qui montait à l’étage supérieur, me laissant à mon sort. L’obscurité m’envahit bientôt complètement. C’était tellement plus facile d’être faible... C’était tellement plus facile de se laisser envahir par ces ténèbres dangereuses plutôt que de lutter pour tomber encore plus fort.... C’était tellement plus simple...

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Je me réveillai à l’aube en entendant les pas gracieux de ma sœur sur le plancher de sa chambre. Les événements de la veille me revinrent en mémoire. Je me relevai en vitesse, malgré la douleur qui me déchirait tout entière. Je ne voulais pas laisser Haydee me découvrir encore dans cet état. Cela lui ferait trop plaisir. Mes jambes tremblaient, je savais que je ne tarderai pas à m’effondrer. Avec toute la volonté que je pouvais puiser au fond de moi, je grimpai rapidement les marches et m’enfermai dans ma chambre. Je boitai, mes côtes me faisaient atrocement souffrir et je n’imaginais même pas l’état de mon visage. Je m’approchai du miroir, la boule au ventre et constatai l’étendue des dégâts. Je me précipitai dans la salle de bain avant que ma sœur ne la monopolise et débarrassai ma peau de ce sang qui me donnait la nausée. Je me sentais sale, faible, inutile...
J’entendis des coups intempestifs être frappés à la porte. Ma sœur me hurlait de la laisser entrer. D’un geste vif, j’ouvris la porte, et sans qu’elle ait eu le temps de réagir, je me barricadai à nouveau dans mon trou. Je retournai à la contemplation de mes blessures. Des bleus partout et plusieurs cicatrices. Je soupirai. J’étais lasse de cette situation. Lasse de ma vie. J’avais juste envie que tout s’arrête.

Une heure plus tard, je sortis de ma chambre pour aller déjeuner. J’avais arrangé au mieux mon apparence pour que mes plaies ne soient plus visibles. Une bonne couche de fond de teint qui me palissait la peau, du noir autour des yeux et des habits qui cachaient tout le reste de mon corps. Un jean rouge, rayé de noir et un pull ample et foncé. J’avais mis tous mes piercings, chose qui exaspérerait sûrement ma mère, mais je m’en contrefichais. Elle pouvait parler, de toute façon c’était toujours la même chose. Rien de ce que je faisais n’était assez bien pour elle. De mon comportement à mon apparence. Et elle me le rappelait tous les jours. En me rabaissant et m’humiliant devant les invités, en vouant une admiration sans fin à ma sœur qui était tellement parfaite, tellement mieux que moi, la fierté de la famille. Je m’étonnais qu’elle ne m’ait pas encore enfermée dans la cave pour me cacher au regard des autres. Je lui faisais tellement honte. Je n’avais vraiment pas ma place ici. À quoi bon continuer dans cette famille ? Une mère qui me haïssais, une sœur qui faisais tout pour me pourrir la vie et un père qui me battait sans aucune pitié. Le pire c’était qu’ils ne regrettaient rien. Je n’avais jamais eu le droit à un seul regard d’excuse, un seul mot gentil. Tout ce que je pouvais lire en eux, c’était du dégoût et un rejet total.

Je descendis lentement l’escalier et m’assis dans le salon. Je n’avais aucune envie de supporter les sarcasmes de mes parents, et encore moins le sourire vainqueur de ma soeur lorsqu’elle se rendrait compte des blessures qui parsemaient mon corps endolori. J’écoutai leurs conversations sans importance, leurs rires qui me donnaient envie de vomir. Si seulement tout leur entourage savait à quel point c’était des monstres. Des créatures sans cœur, cruelles. Je ne pouvais plus les supporter. Il fallait absolument que je me sorte d’ici. Je ne pouvais continuer à vivre dans ces conditions. Je voulais partir. Fuir ce monde, fuir cette vie que je détestais, fuir loin de toutes ces choses qui me terrifiaient et me faisaient souffrir. Je ne me sentais pas la force d’affronter tous mes démons. Peut-être que j’étais lâche. Mais je m’en fichais. Tout ce qui m’importait, c’était de fuir. Loin. Très loin. Et de ne plus jamais les revoir. Je voulais quitter cet enfer qui était ma vie depuis dix-huit ans.

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