Plus jamais (en cours)

Présentation  (Plus jamais (en cours)) posté le samedi 12 avril 2008 11:33

Plus jamais
(Suite de *Rien ne peut les arrêter*)

La douleur ne s'oublie pas. Elle nous ronge l'âme et nous poursuit jusqu'à la fin. Mais il est possible de se reconstruire. On peut tout recommencer. Prendre un nouveau départ et faire des ruines de notre passé une construction solide que rien ne peut ébranler. Les beaux jours reviennent enfin sur Unisus. Les survivants de la guerre pour le pouvoir qui a fait rage dix ans plus tôt entrevoient enfin l'espoir d'un avenir. Ensemble, ils ont réussi à revivre. Mais pour combien de temps?

Le mal ne renonce jamais. Il est toujours à l'affut de la moindre faiblesse. La guerre n'est pas encore terminée. Loin de là. Elle ne fait que commencer...

 

 

Il vaut mieux avoir lu Rien ne peut les arrêter avant de commencer cette histoire pour pouvoir tout comprendre.

 

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Prologue  (Plus jamais (en cours)) posté le samedi 26 avril 2008 13:03

De grands nuages blancs parsèment le ciel tandis que le soleil fait son apparition en cette douce matinée de printemps. Le ciel prend une teinte orangée, amenant un peu de chaleur et de bonne humeur sur New York  où quelques personnes se réveillent doucement aux premières lueurs de l’aube. Plus les heures passent et plus les rues de la ville se bondent, telle une gigantesque fourmilière. Les gens se rendent à leur travail ou flânent tout simplement devant les boutiques, sans but précis. Tous insouciants. Heureux. Bien sûr, chacun a eu son lot de malheurs. Mais ils n’ont pas vécu cette guerre qui a fait rage dix années plus tôt et qui a failli chambouler leur quotidien pour le restant de leurs jours. Ils n’étaient pas là ce fameux jour où le destin de la terre a contourné de peu le chemin des ténèbres et de la souffrance.
Chaque jour ils répètent les mêmes gestes, une routine rassurante qui les conforte dans leur vie bien rangée, parfaitement organisée, sans la moindre tache pour gâcher le tableau d’une existence idéale aux côtés du compagnon idéal.
Tout le monde n’a pas cette chance. Certains ont vécu des évènements qui ont bouleversé à jamais leur vie qui était au départ aussi paisible que celle des autres. Ils ont traversé des maux que plusieurs êtres n’auraient pas été capables de surmonter. Et aujourd’hui, en cette matinée de printemps tout ce qu’il y a de plus banal, ils se souviennent encore. Parce que cette aventure les suivra jusqu’à leur dernier souffle. Parce que lorsque l’on a traversé de telles épreuves, on ne peut pas oublier. On reste marqués pour toujours, comme si les erreurs et les pertes s’incrustaient dans le cœur et l’âme à jamais.

Un  bruit de talons qui claque sur le bitume résonne dans une des plus grandes rues de la ville. Une femme marche d’une démarche conquérante au milieu de la foule. Elle bifurque sur la gauche et pénètre dans un bar bondé où elle se fraye un chemin parmi les autres clients en jouant des coudes pour se faire respecter. Elle repère son ami assis dans le fond de la salle et le rejoint. L’homme la fixe et un sourire naît sur ses lèvres. Il passe une main dans ses cheveux bruns et invite la femme à s’asseoir. Elle ne bouge pas, mais elle pose ses lunettes de soleil sur la table et enlève le châle qui retenait sa longue chevelure d’un roux flamboyant. Elle prend enfin place près de son ami et le scrute de ses yeux brun clair. Un regard pénétrant qui effraye un peu le jeune homme. La femme joint ses mains et se met à rire. Une aura diabolique émane d’elle.

-Tu as réussi Addison ?, s’enquit le jeune homme qui jubile déjà à cette pensée.

Le rire d’Addison s’intensifie. Elle ressemble à une folle. Elle se calme après quelques minutes et répond d’un ton démoniaque où perce toute la joie qu’elle ressent :

-Quand ils découvriront ce que j’ai fait, ils s’effondreront. Ce n’est que le début d’une longue agonie.

Un sourire barbare étire ses lèvres.

-Cette fois, je ne les laisserai pas gagner. Je veux l’abattre de mes propres mains, ce roi arrogant qui se croit tout permis. Il n’a encore rien vu. La souffrance qu’il a pu ressentir n’est rien par rapport à ce qui l’attend !, reprend-elle, presque hystérique. Notre plan est parfait. Cette fois, ils ne nous échapperont pas. Unisus sera à moi ! Rien ne peut plus m’arrêter ! Rien ! Je vais leur faire endurer les pires douleurs jusqu’à leur dernier souffle. Ils vont payer pour tout ce qu’ils ont fait. Je les tuerai tous jusqu’au dernier ! J’en fais le serment.
L’homme brun se lève à cette dernière phrase et sourit. Le pouvoir sera enfin leur. Après dix ans d’attente, ils ont trouvé la faille. La faiblesse qui les fera tous sombrer. Il n’y aura aucune erreur. La victoire leur tend la main, plus proche que jamais. Les jours d’Unisus et de son peuple sont comptés.

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Chapitre 1: Nouveau départ  (Plus jamais (en cours)) posté le samedi 26 avril 2008 13:04

Dans un appartement luxueux situé au sommet d’un grand immeuble, une jeune femme s’éveille avec douceur aux premières lueurs de l’aube. Elle pose ses mains sur le bras protecteur qui l’entoure par la taille et pousse un soupir d’aise. Pour rien au monde elle ne bougerait de son petit nid d’amour. Elle s’y sent tellement bien. L’odeur veloutée de son compagnon emplit ses narines. Elle la respire à plein nez. Sa présence tout près d’elle la rassure. Dans ses bras, elle ne craint plus aucun danger. Ses yeux se referment petit à petit pour la plonger à nouveau dans un sommeil réparateur.
Soudain, la sonnerie stridente et désagréable du réveil retentit dans la pièce, sortant le couple de sa tranquillité. L’homme grogne de mécontentement, resserre son étreinte sur la taille de sa femme et plonge sous les couvertures. La femme rit et tape un bon coup sur cet objet qui vient de troubler leur paix. Elle se dégage des bras de son compagnon et se retourne pour l’observer. Elle ne peut s’empêcher de rire en découvrant sa mine endormie. Un son pur qui résonne de bonheur. Le bonheur... Un sentiment qui a enfin refait surface dans la vie de cette jeune femme qui croyait avoir perdu la notion du bien quelques années auparavant. Qui aurait cru qu’elle vivrait un conte de fée pareil après toutes les épreuves qu’elle a traversées ? En tout cas pas elle.
Elle se lève lentement en tenant son ventre proéminant. Elle caresse sa peau tendue de ses mains tremblantes d’excitation. Déjà 9 mois que ces petit êtres grandissent en elle. Déjà 9 mois qu’elle porte le fruit de son amour envers son mari. Et maintenant, ses enfants sont prêts à sortir. La naissance arrive à grands pas. Ce sentiment de plénitude et d’épanouissement va bientôt la quitter, remplacé par le bonheur d’être mère.
La jeune femme aux longs cheveux noirs qui retombent sur ses fines épaules contourne le lit et tire d’un coup sec sur le duvet, qui glisse sur le corps de son homme sans qu’il ait le temps de le rattraper.

-Shawn, debout !, le secoue-t-elle en s’asseyant sur le matelas, près de lui. Tu as un client important à voir au cas où tu ne t’en souviendrais pas !

Le dit Shawn ne bouge pas d’un pouce. S’il veut la guerre, il l’aura ! La femme le chatouille sur les côtes et il se tord sur le matelas, à bout de souffle. La torture finie, il daigne s’asseoir et lance un regard énamouré à sa femme qui ne peut pas résister et vient se blottir dans ses bras. Il offre à son tour une douce caresse au ventre rond qui abrite son futur enfant. Ou plutôt ses futurs enfants. Car ce sont de faux jumeaux. Un garçon et une fille. Que rêver de mieux ?

-Je t’aime Maiko, murmure Shawn à l’oreille de sa bien aimée.

La jeune femme lui dépose un baiser sur la tempe, sourit puis s’en va prendre une douche. Avant de refermer la porte de la salle de bain, elle jette un dernier coup d’œil à son mari. Ses cheveux bruns, coupés courts, ses yeux gris et innocents et les deux fossettes qui se creusent près de sa bouche lorsqu’il sourit la font craquer. Elle ferme la porte, fait couler l’eau et enlève le peu d’habits qu’elle vêt. Elle se glisse sous l’eau brûlante et se remémore sa rencontre avec Shawn. Cet ange qui l’a sauvée d’elle-même. Et qui les à tous sauvés. Tous ceux qui ont survécu à cette guerre qui les a fait sombrer dix ans plus tôt.
Deux ans après cette nuit où le destin de plusieurs d’entre eux a été scellés, ils n’étaient toujours pas remis. Tous plongés dans une déprime profonde, leur rongeant lentement toute forme d’espoir. Un désespoir destructeur qui les tuait à petit feu. Ils n’arrivaient pas à se relever seuls.
Un homme est alors apparu dans leurs vies. Un rayon de lumière au milieu de cette obscurité qui les étouffait. Shawn. Elle se rappellera toujours de ce matin où elle l’a vu pour la première fois. Elle était assise sur un banc, au milieu d’un parc public en plein cœur de New York. Ses pleurs, qui ne cessaient plus depuis des semaines, abondaient sur ses joues sales. Elle ne prenait plus soin de son apparence. À quoi bon ? Personne ne la regardait, personne ne savait qu’elle existait. Qui pouvait bien se soucier des émois d’une pauvre inconnue ? Personne. C’est ce qu’elle pensait. Que le destin était cruel. Que la vie était vile. Voilà les seules phrases qui accablaient son esprit. Mais parfois, la destinée décide de vous accorder une deuxième chance. Un second souffle. Une petite étincelle de bonheur. Cette chance, c’était lui.
Il s’est assis près de la jeune femme en détresse, et, en douceur, l’a prise dans ses bras. Maiko n’a pas réagi. Ses pleurs ont redoublé. Mais cette étreinte la soulagée. Elle se sentait enfin aidée. Au fil des jours, cet homme dont elle ne connaissait que le nom l’a aidée à remonter la pente. Au bout d’un an, elle est redevenue la Maiko d’avant. La femme joyeuse, souriante, taquine qu’elle a toujours été. Ceci entraînant cela, ses amis sont eux aussi allés mieux. Parce qu’à partir de ce moment-là, ils n’étaient plus seuls. Quelqu’un leur avait enfin tendu la main. Et elle l’avait saisie de toutes ses forces, afin de pouvoir revivre et aider à son tour ses amis qu’elle ne pouvait plus se résoudre à voir dans cet état.
De fil en aiguille, tout le monde s’est plus ou moins remis. D’autres plus lentement. Sa relation avec Shawn s’est vite transformée en un amour fort et réciproque. Ils se sont mariés cinq ans plus tard, le jour des 27 ans de Maiko. Les sentiments qu’ils se portent n’ont jamais baissé en intensité. Au contraire, ils se sont accrus d’année en année. Jusqu’à aujourd’hui.

Maiko contemple la bague qu’elle porte à son doigt. Cet anneau qui appartenait autrefois à sa sœur. Sa grande sœur... Cette femme qui lui manque tant. Sun. Un prénom chaleureux, un prénom délicat tout comme la personnalité de cet être cher qu’elle a perdu dans cette bataille sans pitié. Maiko et Shawn se sont unis avec les bagues de Ryan et Sun. La jeune femme tenait à ce détail. Parce que, en même temps qu’ils scellaient leur amour, ils ont rendu hommage à ces deux êtres qui les ont quittés trop tôt.
Une larme coule le long de sa joue, qu’elle s’empresse d’essuyer du revers de la main. Elle a promis à Shawn de ne plus jamais pleurer. De ne plus jamais souffrir en y pensant. Et elle tient à honorer ce serment.
Elle reporte ensuite son attention sur son ventre arrondi. Un sourire étend ses lèvres. Elle ne réalise toujours pas ce qu’est devenu sa vie. Un vrai petit paradis. Elle a eu tellement de chance. Elle le sait. Elle est tout à fait consciente qu’elle s’en est mieux sortie que les autres. Bien sûr, ils se sont tous à peu près remis. Mais de telles blessures ne s’effacent jamais totalement. Ses plaies se sont mieux refermées. Plus solidement. Elle s’en veut de son bonheur, parfois. Elle s’en veut de rayonner alors qu’eux sont encore accablés par un chagrin qui les écrase, même s’ils tentent de le cacher derrière une façade de sourire tous plus faux les uns que les autres. Elle le lit au fond de leurs yeux. Ils sont malheureux. Ils sont brisés. Et ils n’ont pas trouvé la personne capable de reconstruire des fondations solides par-dessus ces ruines sanglantes et douloureuses.

Maiko sort de la douche et sèche ses cheveux. Elle les attache en un chignon, se maquille puis sort de la salle de bain pour rejoindre son mari qui l’attend patiemment dans la salle à manger. Une tasse de thé bien chaud est posée à sa place. Elle sourit devant la bienveillance de son compagnon, s’assied et porte le liquide à ses lèvres. Elle en boit une gorgée. Les deux partenaires s’échangent un regard langoureux.

-Keyla n’est pas là ?, questionne Shawn en regardant l’assiette qu’il a posée à côté de lui, dans l’espoir de voir apparaître cette jeune femme qu’il affectionne tant.
-Elle est près de Josh. Elle est toujours avec lui, c’est à se demander si elle habite réellement ici, rit Maiko en saisissant la main de Shawn.

Shawn sourit, amusé. Cette gamine, il l’aime comme sa fille. Enfin, ce n’est plus vraiment une enfant. Elle a fêté ses dix-huit ans il y a un mois.  Elle n’est pas comme les autres. Les épreuves qu’elle à traversées l’ont fait grandir plus vite. Elle est si mature. Mais ces obstacles ont laissé des traces. Depuis ce terrible jour où elle a vu périr sa mère sous ses yeux terrorisés, elle n’a plus dit un mot. Plus un seul. Elle s’est murée dans un silence qui traduit son mal-être. Celui avec qui elle communique le plus, celui à qui elle confie toutes ses peurs, toutes ses émotions, avec qui elle partage tout, c’est Josh. Ce jeune roi déchu qui a survécu à la guerre. C’est un miracle. Il a frôlé la mort tant de fois que le voir en vie, même s’il dépérit petit à petit, relève du mystère. Keyla et Josh sont unis par un lien si fort que la jeune femme blonde ne quitte plus celui qu’elle considère comme son père. Sans lui, elle n’est plus rien. Sans lui, elle est perdue dans un monde auquel elle ne comprend plus grand chose.

Shawn est sorti de ses pensées par sa femme qui l’interpelle d’un ton avenant :

-Ne t’inquiète pas, elle sera là quand les petits naîtront. Elle ne raterait ça pour rien au monde !

L’homme brun sourit et se lève. Il enfile un ensemble assez classe et saisit une petite valise posée dans un coin de la pièce. Il embrasse Maiko avec délicatesse avant de franchir la porte pour se rendre à son travail. Mais lorsqu’il pose sa main sur la poignée, un cri parvient à ses oreilles. Il se retourne et scrute la pièce, le cœur battant.
Maiko se tient le ventre. Elle tente de stabiliser son souffle. Elle lance un regard alarmé à Shawn qui reste immobile sur le seuil de la porte.

-A l’hôpital..., arrive-t-elle à articuler entre deux contractions douloureuses.

L’homme brun se précipite sur sa femme et la porte jusqu’à la voiture. Il la dépose sur le siège et se précipite sur le volant. La voiture démarre en trombe et se projette dans les rues de New York. Le jeune homme conduit nerveusement, il tapote sur le volant anxieux, pestant contre ces éternels embouteillages. Après une demi-heure de stress et de souffrance, le couple atteint enfin son but. Shawn soulève sa femme et la porte jusqu’à l’accueil de l’hôpital, où, par chance, ils croisent leur médecin qui les conduit dans une salle. Maiko s’allonge sur le lit et une infirmière vient vite s’occuper d’elle. Elle demande au jeune homme de sortir quelques minutes. Shawn obéit et s’assoit à même le sol, adossé contre le mur du couloir blanc qui le calme quelque peu. Il sort son téléphone et appelle tous leurs amis susceptibles de vouloir être présents pour la naissance des jumeaux.

Plusieurs heures plus tard, le travail est bien avancé. Shawn tient la main de Maiko qui tente tant bien que mal de rester sereine face à cette douleur. Mais ce n’est pas une souffrance vaine, car elle va libérer deux petits êtres que tous attendent avec amour et impatience.
Dehors, un groupe d’amis patiente. Shawn les distingue à travers la petit vitre de la porte. Il aperçoit Ally, éloignée des autres. Elle est debout, le dos appuyé contre le mur et fixe le sol. Malgré son état très instable, un léger sourire se dessine sur ses fines lèvres. Ses cheveux, autrefois longs et soyeux, sont maintenant courts et ternes. Dans un accès de tristesse, elle les a massacrés à l’aide d’un couteau. Sa coiffeuse à fait ce qu’elle a pu pour rattraper le coup.

Alors que le médecin annonce l’arrivée du premier bébé, la porte s’ouvre avec fracas. Un homme aux cheveux noirs en bataille et aux yeux d’ébène, suivi de près par une jeune femme aux longs cheveux blonds et aux yeux verts pénètre dans la pièce sous les regards ébahis des médecins présents. Shawn se sent soulagé en les voyant franchir l’entrée et signale aux médecins que tout va bien. Les nouveaux arrivants s’assoient dans le fond de la salle et attendent. Josh se lève et sort. Il saisit Ally par le bars et l’emmène dans la pièce où Maiko est entrain de mettre au monde ses enfants. Ils doivent tous être réunis pour cet événement heureux qui marque un nouveau départ dans leurs vies.

Le premier bébé naît enfin. C’est une petite fille. Dana. Elle est vite suivie par son frère, dont Maiko a choisi le prénom. Naïven. Deux nouveau-nés qui apportent une vague de joie. Tout le monde pousse un soupir de soulagement. Tout s’est bien passé.
Ces naissances marquent le retour à une vie normale et paisible. Peut-être qu’ils ont aussi le droit au bonheur. Peut-être qu’eux aussi, ils ont le droit de vivre pleinement sans se poser de question sur le lendemain. Vivre au jour le jour sans se soucier du moindre danger.

Josh sourit. Cela fait tellement longtemps que ça ne lui était pas arrivé. En tout cas pas naturellement. Que de sourires forcés, cachant un profond malaise. Mais cette fois, c’est vrai, pur. C’est de la joie, tout simplement. Mais il ne peut s’empêcher de penser à l’avenir de façon pessimiste. Comment faire autrement après ce qu’il a vécu ?
Ils voient tous un horizon sans obstacles, sans nuages, sans zones sombres. Mais lui n’en est pas si persuadé. Il le sent. Il le sait. Le danger est toujours là. Il rôde autour d’eux en attendant le moment propice. Le mal n’abandonne jamais. Jamais.

La porte s’entrouvre. Un homme entre dans la salle et un silence pesant se fait. Un silence glacial. De la peur se lit dans les yeux de Maiko qui referme son étreinte sur ses nouveau-nés. L’angoisse qui s’empare de tous les êtres présents est palpable. Josh se lève de sa chaise et fait face à l’homme qui vient d’entrer. Son corps se tend. Il fixe les yeux de cet être qu’il n’a pas revu depuis des années. Un regard rouge où brûlent des flammes effrayantes. Des flammes avides de vengeance.

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Chapitre 2: Ruines du coeur  (Plus jamais (en cours)) posté le samedi 26 avril 2008 13:05

Tous les occupants de la pièce fixent l’homme avec intensité. Josh s’approche de lui pas à pas, puis, le prend dans ses bras. L’homme brun sert ses bras autour des épaules de Josh.

-C’est bon de t’avoir parmi nous Mohan, murmure le roi en se reculant, un sourire tout de même inquiet accroché aux lèvres.

Malgré la joie qu’il ressent de revoir son ami, le retour du soldat brun n’annonce rien de bon.

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Addison abaisse la lame d’un geste vif. Le sentiment de puissance qui aurait dû l’envahir ne vient pas. Son plan vient de s’effondrer. Le couteau, à quelques millimètres du torse de Josh, est bloqué par une main. Les doigts d’un homme en colère qui tient fermement le bras d’Addison pour l’empêcher de commettre cet acte barbare. La tueuse lève les yeux vers celui qui ose poser un obstacle sa victoire. Une lueur d’incompréhension anime ses prunelles d’un brun clair, mais pourtant si sombre.

-Mohan, qu’est-ce que tu fais ?, s’insurge-t-elle, hors d’elle.

Ce n’est pas cet idiot qui va l’empêcher d’aller jusqu’au bout. Il n’est qu’un pion parfaitement manipulé dans sa course vers le pouvoir. Il ne peut rien contre elle. Elle en est persuadée.

-Je pardonne, souffle-t-il en l’assassinant de son regard de braise.

En utilisant toutes ses forces, il projette cette femme qui le répugne en arrière et détruit le couteau. Addison heurte le mur et porte les mains à sa tête qui la fait souffrir. Mohan profite de cet instant de faiblesse pour se précipiter vers Maiko et la porter jusqu’au lit. Il saisit les mains de ses deux amis agonisants et se téléporte loin de cette tueuse sanguinaire qui cherche à les détruire. Dire qu’il s’est laissé avoir par les discours manipulateurs d’Addison et Karl. Trop aveuglé par une blessure qu’il garde depuis son enfance, il a accordé sa confiance aux mauvaises personnes. À cause de lui, toute l’humanité  a failli être plongée dans le chaos.

Les trois amis atterrissent exactement où se trouvent Karl, Ally, Sun et Keyla. Karl, surprit par le bruit, lève la tête. Mohan ne lui laisse pas le temps de terminer ce qu’il a commencé et lui saute dessus, le projetant au sol. Keyla retombe sur la pierre, tétanisée. Elle se lève et court vers sa mère qui ne respire déjà plus. Les pleurs de la fillette s’intensifient. Ally la saisit par les épaules et tente de la rassurer, mais comment peut-on réconforter quelqu’un lorsqu’on est nous-même abattu et dépassé par la situation ?

Une violente bataille confronte Karl et Mohan. Ils n’ont aucune pitié l’un envers l’autre. Les attaques fusent, le sang coule. Mohan esquive un coup de couteau dirigé vers son ventre et pousse violemment le tueur aux yeux métalliques en arrière. Karl perd l’équilibre et chute. Le soldat brun saisit le meurtrier par le col et le soulève en le toisant d’un regard haineux. Il reporte son attention sur le paysage qui l’entoure. Un sourire satisfait naît sur ses lèvres. Il avance, Karl toujours coincé dans l’emprise de sa main et s’immobilise juste au bord de la falaise des morts. Ce grand vide où nombre de gens ont perdu la vie. Où Ally a tenté de mettre fin à ses jours. Mohan suspend Karl dans le vide et lui adresse un sourire moqueur.

-C’est fini Karl, tu ne nous feras plus de mal !, déclare l’homme brun en resserrant sa poigne sur la chemise de son otage.

-Je n’en suis pas si sûr, le provoque Karl en le tuant de ses yeux gris comme l’acier. Ce n’est pas terminé ! ça ne se terminera jamais !

La rage monte dans l’âme de Mohan qui n’hésite pas une seconde et lâche le tueur dans le vide. Karl s’écrase au fond du précipice après avoir hurlé une dernière menace :

-Vous ne serez jamais en paix ! Jamais ! Tu m’entends, sale lâche !

Son rire dément résonne quelques secondes, se répercutant contre les roches, puis se perd dans l’atmosphère, remplacé par le bruit sourd de l’impact du corps sur les rocs tranchants.

Un silence pesant s’installe. Mohan se jette sur la pierre pourpre puis se précipite sur Josh, dont le corps gît inerte, sur le sol poussiéreux. Il place la pierre sur le torse du roi à l’agonie et prononce quelques incantations. Une vive lumière rouge apparaît et enveloppe Josh, avant de disparaître dans une tempête furieuse qui secoue tous les arbres aux alentours.
Le jeune roi ouvre lentement les yeux, faisant apparaître ses prunelles noires comme la nuit. Mohan lui adresse une tape amicale sur l’épaule accompagnée d’un sourire sincère. Il se tourne ensuite vers Maiko. Il guérit la jeune femme grâce à ses pouvoirs puis se penche à nouveau sur Josh.

-Je te pardonne... et j’espère que vous pourrez tous en faire de même avec le temps, implore-t-il, les larmes aux yeux, en empoignant la main de son roi et avant tout de son ami. Je ne reste pas... Je ne peux pas... Je reviendrais seulement si un nouveau danger se présente.

Josh tente de le retenir, mais le guerrier l’en dissuade d’un regard qui montre toute sa détermination. Personne ne peut le faire changer d’avis.
Il se lève et disparaît dans un éclair lumineux. Un faible merci, murmuré par Josh, parvient à ses oreilles. Son cœur se serre. Il s’en veut de les abandonner, mais il ne peut les côtoyer jour après jour tout en sachant la tragédie dans laquelle il les a embarqués. C’est en partie à cause de lui qu’ils ont tout perdu. Il a besoin de se pardonner à lui-même avant de réintégrer le royaume d’Unisus.

Il se rend dans la chambre de Josh, où il a laissé une Addison inconsciente. Il balaie la pièce du regard, mais n’y trouve aucune trace de la tueuse à la crinière rousse. Elle a disparu.
La colère qui a commencé à quitter son corps revient à la charge. Elle ne s’en sortira pas comme ça. C’est le début d’une longue chasse à l’homme.

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Mohan salue tout le monde. La tension s’évapore pour laisser place à la surprise de revoir un ami cher. Dix années ont passé depuis leur dernière entrevue, avec pour seules nouvelles quelques messages laissés au hasard des jours.
Le soldat s’excuse auprès de tous et saisit Josh par la manche. Il l’entraîne hors de la pièce, à travers les couloirs et s’enferme avec lui dans une salle vide. Il pousse un soupir qui en dit long sur son état de fatigue et s’assoit dans un coin. Josh s’approche et s’accroupit en face de son ami. Il le dévisage, attendant l’inévitable mauvaise nouvelle.

-Je sais que ce n’est pas le moment idéal, commence Mohan en relevant la tête, mais je ne pouvais pas attendre.

Il marque une pause, hésitant. Il n’a pas envie de briser ce bonheur qui vient enfin d’apparaître sur le visage de son ami. Mais il n’a pas le choix. Il doit le prévenir.

-Mohan, dis-le moi !, s’impatiente Josh.

La nervosité le gagne tout entier. La mine grave qu’affiche l’homme brun l’effraie.

-Addison, chuchote Mohan en serrant les poings. Je ne sais pas grand chose, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’elle est de retour. Avec des nouveaux alliés. Il faut être prêt. Je ne connais pas ses plans, mais elle est à l’affût. Elle vous observe, elle vous espionne. Tu n’as pas le droit à un seul faux-pas Josh.

Les battements du cœur du roi s’accélèrent. Elle est de retour cette fois-ci. Et pour de bon. La vie paisible, le bonheur dont il a tant rêvé, il se prépare à tirer un trait dessus...

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Une fine pluie balaie la terre tandis que le soleil tente de percer la couche de nuages gris qui encombre le ciel. Josh franchit le portail du cimetière situé près de son château. Keyla s’accroche à sa main, ses yeux reflètent son malaise. Ils s’avancent au milieu des allées de tombes qui s’étendent à perte de vue. Des milliers de morts. De valeureux guerriers qui ont péri au combat, tant de cadavres pour assurer la prospérité sur Unisus. Mais ces victimes n’intéressent pas les deux êtres qui arpentent le sol de leur pas alourdi de tous leurs maux. Ils passent devant ces pierres tombales sans y jeter un seul regard. Ils vont visiter d’autres esprits. Des personnes ancrées à jamais dans leur cœur et qui valent bien plus que tous ces combattants morts sur les champs de batailles.
Leur démarche fébrile les mène au fond du cimetière. Une rangée de sépultures plus soignées et plus récentes que les autres leur fait face. Les noms défilent sous leur regard torturé. Josh s’assoit en face du tombeau de Sun. Ce morceau de pierre qui enferme le corps de la femme qu’il a le plus aimée. La seule à qui il a offert son cœur, son âme et sa confiance sans concessions, sans peur et sans aucune limite. Il fixe la roche lisse de ses yeux noirs où affluent quelques larmes qu’il s’efforce de réfréner. Il trace et retrace le nom gravé dans la pierre de ses doigts tremblants.
Keyla se tient debout, juste derrière Josh. Elle s’agenouille sur le sol, enserre les épaules du roi de ses bras fragiles et loge sa tête au creux de son épaule. Cette étreint les réconforte. Ils ne sont pas seuls. Ils sont présents l’un pour l’autre. Pour toujours, quoi qu’il arrive, ils sont prêts à sa battre pour survivre. Un peu pour eux-mêmes, mais surtout pour leurs proches. Et pour ceux qui sont morts. Ils n’auront pas succombé en vain. Car ils vont se battre pour honorer leur mémoire et les venger. Jusqu’au bout. Ils s’en font la promesse.

Josh se penche et embrasse la pierre. La surface est glacée, tout comme le devient petit à petit son cœur meurtri. Il se relève et saisit la main de Keyla. Il ébouriffe sa chevelure blonde et lui adresse un sourire affectueux auquel elle seule à droit.
Ils sortent de cet endroit qui amplifie leur mal-être et prennent la route du palais. Une joie imperceptible anime le visage de ces deux êtres qui marchent côte à côte. Ce n’est pas un jour comme les autres. C’est la première fois depuis dix ans qu’ils pourront les revoir. La première fois depuis si longtemps...

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Ally se penche à l’une des fenêtres de son salon. Elle laisse son chagrin l’envahir dans ce petit appartement où elle vit seule. Mélancolique, elle laisse ses yeux se perdre dans l’obscurité de la nuit froide et inquiétante. Les files de voitures, le bruit monotone des moteurs, les piaillements des gens, toutes ces images et ces bruits passent au travers d’elle comme si son corps et son esprit n’étaient plus.
Elle jette un coup d’œil à sa montre et se jette sur son manteau. Elle saisit la perle verte qu’elle porte à son poignet et murmure le mot qui la projettera sur Unisus. Elle atterrit sur la planète, près de la forêt sombre qui lui rappelle des souvenirs douloureux. Immobile, elle n’ose pas franchir cette armée d’arbres qui la sépare de son plus grand désir depuis dix ans : le retrouver. Mais ses jambes ne la portent plus. Trop d’images envahissent son esprit. Elle n’y arrive pas.

Une main se pose dans son dos. Elle sursaute et se retourne, le souffle saccadé. Son corps se détend lorsqu’elle reconnaît ce visage aux traits familiers qui la rassure immédiatement. Josh. L’homme aux cheveux d’ébène lui prend fermement le bras et l’entraîne avec lui dans la masse d’arbres géants et imposants qui la terrifient. Elle se débat, mais le souverain d’Unisus ne lâche pas prise et la tire avec force. Des ombres semblent les surveiller, Ally sent son cœur battre à tout rompre. Elle s’accroche à Josh et ses yeux se ferment sous la peur. Plus ils avancent, plus elle se crispe.
Pour occuper son esprit et oublier ses craintes, Ally se met à observer son ami. Elle examine en particulier la cicatrice qui mutile sa peau blanche sur son œil droit. La plaie est aussi rouge que le premier jour, comme s’il elle venait de lui être infligée. Elle reporte son attention sur ses yeux noirs si expressifs. Si Josh sait cacher ses émotions à la perfection en gardant un visage impassible, son regard, lui, ne ment jamais. On peut toujours y déceler ses états d’âme. Il suffit de fouiller dans ces grands lacs noirs, de les sonder intensément, et les émotions font surface. Ce soir, elle y trouve de la souffrance, mais surtout une ivresse qu’elle ne lui a plus connu depuis dix ans, ainsi que beaucoup d’impatience.
Les deux compagnons débouchent sur la clairière qui est si importante à leurs yeux. Le sourire qui a éclairé le visage de Josh au fil des pas qui l’ont rapproché de cet endroit se fige en un rictus crispé, pour s’évanouir et laisser place à une rage et un désespoir foudroyants. Il ne peut pas croire à ce qui s’étend sous ses yeux. Il ne peut pas y croire. Ally enfonce ses doigts dans la peau du roi. Elle non plus ne comprend pas. Tous ses rêves les plus fous s’effondrent devant ses yeux. Ils dégringolent du nuage de bonheur sur lequel ils se sont posés depuis quelques minutes. La vérité les frappe de plein fouet.

Josh fait quelques pas, le corps bouillonnant d’une rage qu’il ne croyait plus pouvoir ressentir. Il s’accroupit et ramasse un morceau de roc. Il l’entoure de ses doigts frémissants d’une détresse qu’il ne peut pas contenir. De grosses larmes inondent ses joues. Il serre cette pierre au creux de sa main puis la jette de toutes ses forces sur le sol. Elle se perd au milieu des ruines qui lui font face. Les ruines de l’arche des morts. Les restes de leur seul espoir. Un espoir anéanti. Ally et Josh fixent ces morceaux de pierre éparpillés au sol comme si leur regard pouvait faire renaître cette arche qui leur donne le droit de retrouver les êtres qui leur manquent tant. Mais c’est peine perdue. L’arcade est détruite. Définitivement. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Elle est en miettes sous leurs yeux impuissants. En ruine. Les ruines de leur cœur.

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Chapitre 3: Rencontre  (Plus jamais (en cours)) posté le dimanche 27 avril 2008 23:07

Josh se traîne au milieu des ruines. Il s’effondre à genoux, s’écorchant la peau sur les morceaux de roche tranchants. Ally le rejoint et s’assoit à ses côtés. Elle pose une main qui se veut rassurante dans son dos. Leurs regards torturés parcourent le sol où sont étalés les restes de l’arche des morts. Les larmes coulent en silence sur leur peau glacée par le vent. Les cheveux noirs du roi se collent à son visage au fur et à mesure qu’une pluie torrentielle agresse la planète. Les habits des deux amis sont vites trempés, le sol devient boueux, ils sont frigorifiés. Pourtant, ils ne bougent pas d’un pouce.
Josh lève les yeux et sonde le ciel avec intensité. La pluie balaie son visage. Son regard est empli d’un espoir désespéré. L’espoir d’apercevoir l’une de ces petites fées qui gardent les morts. L’espoir qu’elles les rejoignent en compagnie de ces êtres qu’ils désirent revoir depuis dix ans. Mais le ciel reste vide. Aucune forme de vie. Aucune forme d’espoir. Rien que des nuages noircissant à vue d’œil et quelques éclairs qui traversent l’étendue grise de leur lumière éblouissante.
Soudain, Josh se lève. Une expression indéchiffrable anime son visage aux traits exténués. Entre la haine et l’abattement. Une touche de mélancolie profonde mêlée à une envie de révolte puissante. Un cocktail d’émotions intenses qui ne demande qu’à exploser. Son corps s’agite de tremblements. La rage monte en lui à une vitesse folle. Il se baisse et ramasse tous les débris échus au sol sous les yeux interrogateurs et impuissants d’Ally. Il les rassemble sur le socle de pierre qui se trouve au centre de la clairière et tente de reconstruire cette arcade qui est si importante à ses yeux. Une des rares choses qui l’a gardé vivant ces dernières années. La raison pour laquelle il se lève et fait semblant de vivre.
Les pierres qu’il empile s’effondrent au fur et à mesure, repoussées par une vive lumière verdâtre qui les sépare dès qu’elles se touchent. Même ses pouvoirs, pourtant plus puissants que ceux de n’importe quel autre Unisien, ne servent à rien contre cette force sortie d’outre-tombe. Josh s’acharne dessus, il use toutes ses ressources pour faire revivre cet édifice qui devait lui rendre l’être aimé. Lui redonner la force de vivre encore jusqu’à la prochaine fois. Mais il n’y aura pas de prochaine fois. Parce que l’arche a été détruite et qu’aucune main, aussi forte, déterminée et sincère soit elle ne peut la reconstruire. Aucune. Josh le sait. Il connaît les mystères et les lois d’Unisus par cœur. Mais il ne peut l’accepter. Qui peut se résoudre à perdre une deuxième fois ce qui fait battre son cœur et tenir son âme ?
À bout de force et aux limites de la folie, Josh envoie valser tous les débris d’un rayon bleu. Ally se baisse pour ne pas se faire blesser par l’un d’eux. Elle est aussi désemparée que Josh. Mais elle est incapable d’agir. La tristesse qui a pris possession de son être la cloue au sol.
Le roi grimpe sur le socle de pierre et lève les mais au ciel. Il le parcourt de ses yeux sombres, les lèvres frémissantes. Un hurlement franchit sa bouche et se perd dans les airs. Un cri qui reflète l’état de son âme. Brisée, fêlée, encore une fois. À croire que le destin aime ça. Le blesser, lui donner de l’espoir et le briser à nouveau. Chaque fois, il s’enfonce un peu plus dans sa mélancolie.
Il s’écroule sur la roche glacée et mouillée, recroquevillé comme un enfant apeuré. Ses sanglots se font plus forts, ses plaintes rauques et emplies d’une souffrance destructrice envahissent les airs, se répercutent contre les arbres et prennent possession de la petite clairière qui était autrefois le théâtre d’innombrables explosions de bonheur.
Les minutes passent, le ciel se déchaîne, la pluie continue de meurtrir les terres, les éclairs se font plus fréquents et une tempête se prépare. Avec le peu de courage qu’il lui reste, Josh se relève, saisit Ally par le bras, la met sur ses pieds et l’enlace. Ils ferment tous deux leurs yeux rougis par les larmes et se communiquent tout leur soutien. La nature, en colère, est à l’image de leur peine. Leur étreinte se défait et ils font face à la forêt sombre. Ils se lancent un regard. La même intention anime leurs yeux. Ils s’élancent au milieu des arbres à toute vitesse, ils courent sans réfléchir vers leur dernière chance. Les branches cinglent leur peau, la terre se dérobe sous leurs pas.
Ils surgissent sur la plateforme de pierre qui fait face à l’antre obscure où sont gardées les âmes des défunts. Ils en sont malheureusement séparés par un gouffre infranchissable. Il est impossible de se téléporter de l’autre côté, une force immense veille sur la caverne. Josh s’avance jusqu’au bord du précipice et sonde l’ouverture sombre qui lui fait face. Des lueurs rougeâtres et oranges apparaissent par instants. Le roi s’assoit, les pieds dans le vide, sans cesser de fixer l’antre effrayante. Ally reste en retrait, appuyée contre le tronc d’un arbre. Elle ne sait pas ce que Josh tente de faire, mais elle lui fait confiance pour trouver une solution. Elle sait qu’il se battra jusqu’au bout pour pouvoir ne serait-ce qu’apercevoir la silhouette de Sun. La pluie qui coule sur sa peau la fait frissonner et la fatigue se fait ressentir. Elle se laisse glisser sur le sol inondé et tourne son regard dans la même direction que celui de Josh. Au bout d’un temps qui lui semble passer au ralenti, elle se décide à  le rejoindre pour s’informer de la situation. Elle s’assoit à côté de lui en évitant de regarder le vide qui s’étend sous ses pieds. Elle le dévisage pendant quelques secondes. Les larmes qui coulent des yeux noirs de Josh se mêlent à la pluie. Il a l’air très concentré. Elle l’interpelle d’une petite voix et il tourne lentement la tête.

-Je l’attends, je suis sûr qu’il va bientôt pointer le bout de son nez, murmure-t-il en surveillant l’entrée de la caverne.

-De qui tu parles ? s’enquit Ally, qui ne comprend rien au discours de son ami.

-Arkady. Le gardien des morts, souffle Josh en serrant les poings.

-Il... tu crois qu’il..., commence Ally, le cœur battant.

Josh soulève ses sourcils et l’interroge du regard.

-Est-ce qu’on pourra les revoir ?, continue-t-elle, je veux dire... grâce à lui, est-ce qu’on a une chance ?

-Je ne sais pas..., concède le roi en soupirant. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est notre dernière chance. Il ne faut pas trop espérer. Ce n’est pas un être qu’on aime fréquenter. Il est vil, cruel, sans pitié et très malin. On n’obtient jamais rien de lui sans donner quelque chose qui lui profitera en retour.

Les deux amis se taisent. Les paroles de Josh résonnent dans l’esprit d’Ally. « On obtient jamais rien de lui sans donner quelque chose qui lui profitera en retour ». Cette affirmation lui fait peur. Que pourrait-il exiger contre quelques minutes de bonheur ? Elle se sent prête à sacrifier jusqu’à sa vie pour revoir Alex, mais cette idée lui fait quand même peur.
Le temps continue de défiler, et cet Arkady n’apparaît toujours pas. Josh finit par se lever et tape du poing sur un arbre un criant de rage. Il prend la main d’Ally et tonne en direction de l’antre des morts :

-Je sais que tu es là ! Je sais que tu te caches et que tu nous observe ! Je reviendrais, et tu auras tout intérêt à te montrer !

Un rire aigu retentit, narguant les deux amis. Une aura rouge flotte au-dessus de la falaise. Josh lance un regard haineux en direction de la lumière rouge puis disparaît avec Ally dans une lueur bleue.

Le lendemain matin, le roi a convoqué tous ses proches au château. Lorsqu’il leur annonce la nouvelle, un silence lourd de sens s’installe dans la salle à manger où ils se sont tous réunis. Personne n’ose rien dire. L’information leur a coupé le souffle. L’impact est fort, une partie de leur tranquillité vient de s’effondrer.  Quelqu’un a pénétré leur bouclier de joie toute neuve et a attaqué là où ça fait mal. C’est un coup dur. Keyla se blottit dans les bras de son « père », abattue. Elle le serre très fort pour trouver un peu de courage et de tendresse dans ce monde impitoyable qui s’acharne sur eux.

-Qui a fait ça ?, questionne Maiko en serrant un peu plus fort sa petite fille qui est endormie au creux de ses bras.

-Addison, c’est certain, s’emporte Mohan, assit au bout de la table. Il n’y a qu’elle pour commettre ce genre d’acte. Elle met son plan à exécution, la guerre est à nouveau ouverte.

-Qu’est-ce que tu proposes ?, l’interroge Josh en serrant les poings. Une envie de vengeance bouillonne dans ses veines.

-Contrer ses ambitions. Elle a apparemment trouvé notre point faible et lancé la première attaque. Il ne faut pas la laisser continuer. Je vais essayer de m’infiltrer dans son repère, j’ai une petite idée d’où elle se cache, déclare le soldat brun en se levant.

-Fais attention, lui intime Josh en lui adressant un signe amical de la tête.

L’homme brun le remercie et disparaît, laissant derrière lui une groupe d’amis désemparés à la recherche d’une solution qui ne semble pas exister.

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Une semaine est passée. C’est un lundi, l’aube fait son apparition, apportant avec elle quelques rayons de soleil qui réchauffent un peu l’atmosphère. Keyla émerge doucement de son sommeil. Encore un peu dans les vapes, elle s’extirpe de son lit et titube dans sa chambre jusqu’à atteindre un canapé sur lequel sont posés les habits qu’elle a soigneusement préparés la veille. Ce n’est pas un jour comme les autres pour la jeune femme. En effet, c’est la rentrée des vacances de printemps, et pour elle, la rentrée tout court. Elle va se retrouver au milieu d’une foule de jeunes de son âge qu’elle ne connaît pas et ça l’effraie. Dans sa dernière faculté, tout le monde s’est moqué d’elle et elle est devenue le souffre douleur des terreurs de l’établissement. Maiko et Shawn ont décidé de lui accorder quelques mois de repos avant qu’elle ne reprenne ses études.
Elle doit donc maintenant débarquer dans une classe d’étudiants qui se connaissent tous, presque en fin d’année, dans un bâtiment qu’elle ne connaît pas et elle est terrifiée. 
Elle enfile rapidement ses vêtements avant de se diriger vers la chambre de Maiko et Shawn. Elle ouvre discrètement la porte et jette un coup d’œil à l’intérieur de la pièce. Le couple dort paisiblement. Elle referme la porte et marche à pas de loups jusque dans la cuisine. Elle se sert son petit-déjeuner et s’assied devant la télévision, dans le salon. Elle met les informations et regard vaguement les images défiler. Ses pensées son déjà ailleurs. Son esprit est focalisé sur le déroulement de cette journée. Elle ne peut s’empêcher de s’imaginer toutes les horreurs qui pourraient lui arriver. À dix-huit ans, sa méfiance n’a pas diminué, dû aux événements qui ont bouleversé son enfance.
Des pas se rapprochent du salon, dans son dos. Deux mains chaudes se posent sur ses épaules. Keyla lève la tête. Elle rencontre le regard gris de Shawn et lui sourit. L’homme lui rend son sourire et passe une main dans ses cheveux blonds.
Il s’assoit à la table de la cuisine et Keyla le rejoint. Elle l’observe alors qu’il lit le journal. Elle aimerait avoir son calme du moment, car elle sent son stress la paralyser petit à petit. Il a l’air si serein. Elle l’envie. Elle aimerait se réfugier dans les bras de Josh. Des bras rassurants et protecteurs qui lui apportent toujours le réconfort et la tendresse dont elle a besoin. Elle aimerait l’entendre lui parler et lui prodiguer ses conseils toujours bons à suivre. Mais elle devra se débrouiller sans lui. Elle doit apprendre à affronter ses peurs seule.
Elle se lève et pénètre dans une pièce qui se situe près de sa chambre. Deux berceaux trônent au centre de la chambre. Le papier peint enfantin, d’un vert lumineux, emplit la pièce de joie. Des jouets et peluches jonchent les étagères et les meubles, donnant à l’endroit une atmosphère détendue et innocente. La jeune femme s’avance et s’immobilise près des deux berceaux où dorment les faux jumeaux, Naïven et Dana. Elle les considère d’un regard attendri puis dépose un baiser sur leur petit front. Elle se retire ensuite de la chambre pour les laisser dormir et ferme le porte le plus silencieusement possible afin de ne pas les réveiller.
Elle regarde sa montre, puis, paniquée par l’heure avancée, se précipite vers la salle de bain. Elle se heurte à la porte qui est fermée à clé. Elle frappe jusqu’à qu’elle s’ouvre sur une Maiko encore endormie. La femme lui sourit et la laisse entrer, amusée par sa mine paniquée. Keyla se brosse rapidement les cheveux et se passe de l’eau sur le visage. Elle se maquille légèrement et s’asperge de parfum.
Sur le coup des 8h30, elle est prête à partir. Elle jette un dernier coup d’œil à son emploi du temps. Elle a rendez-vous avec le directeur à 9 heures. Shawn lui prend le bras et l’emmène dehors. Ils grimpent dans la voiture et il démarre. Keyla le remercie d’un regard gratifiant. Il a pris congé à son cabinet d’avocat pour l’accompagner à son « premier » jour d’école.

-Ne t’inquiète pas, tout se passera à merveille, entonne Shawn en donnant une tape amicale sur la tête de la jeune femme.

Keyla soupire et s’enfonce dans le siège du véhicule. L’optimisme de Shawn l’a toujours abasourdie. Quelle que soit la situation, il trouve à chaque fois quelque chose de positif à en ressortir. Elle aimerait posséder cette vision de la vie, tout serait beaucoup plus simple.
Le stress monte à mesure qu’ils se rapprochent de l’établissement. À leur arrivée, plusieurs étudiants présents dans la cour les dévisagent. La jeune femme blonde essaie de faire abstraction de ces regards inquisiteurs et sans gêne braqués sur elle. Shawn pose une main dans son dos pour l’encourager à continuer son chemin. Ils pénètrent dans le grand bâtiment, et après avoir traversé une batterie de couloirs tous semblables les uns aux autres, ils trouvent enfin le bureau du directeur qui les attend, assis dans son fauteuil et un sourire amical accroché aux lèvres. Shawn parle avec lui, les papiers sont remplis, Keyla trouve des réponses à ses questions et elle est conduite à sa salle de cours. Shawn lui embrasse la joue et lui souhaite une bonne journée tout en la rassurant encore d’un clin d’œil. La jeune femme inspire un bon coup et ouvre la porte. Le professeur, qui tente tout de suite de la mettre à l’aise, se présente et l’informe des événements à venir. Mais c’est peine perdue, la peur est déjà trop présente dans son cœur pour qu’elle se sente bien, et cette horde d’élève qui la dévisage ne l’apaise pas. Le professeur lui désigne quelques places libre au fond de l’auditoire que Keyla se dépêche de rejoindre. Elle s’assoit le plus loin possible de tout autre étudiant et tente de maîtriser les tremblements qui agitent ses mains. La cloche sonne les dix heures et le cours commence. La jeune femme se détend un peu au bout de quelques minutes, car elle n’est plus le centre d’attention des autres. Ces regards impudiques ont enfin cessé de se poser sur elle. Les paroles du professeur traversent son esprit pour en sortir aussitôt. Elle est perdue dans d’autres pensées qui éclipsent le monde autour d’elle.
Une bruit sec et quelques rires étouffés la sortent de son état second. Un jeune homme entre, essoufflé, dans la salle alors que le cours a commencé depuis vingt bonnes minutes. Il balaie les tables du regard et entreprend de monter les marches sous le regard désapprobateur du professeur, énervé d’avoir été une fois de plus interrompu dans son discours par cet élève qui arrive systématiquement en retard.

-Monsieur Kale, l’interpelle l’enseignant en croisant les bras.

L’étudiant s’arrête et fait face au professeur en affichant une mine résignée.

-Vous passerez à mon bureau à la fin du cours, le nargue l’enseignant avec un petit sourire satisfait.

-Oui Monsieur Banner, répond le jeune homme, agacé.

Il soupire et reprend son escalade. Arrivé en haut, il prend place à côté de Keyla pendant que M. Banner continue son cours. Keyla tourne discrètement la tête et détaille le jeune homme de haut en bas. Il porte un jeans troué par endroits, de vieilles baskets, une chemise blanche un peu ouverte au col qui dévoile un torse un peu musclé et une chaîne en argent avec un pendentif dont elle n’arrive pas à définir la forme. Sa peau, lisse et brillante, est un peu dorée. Elle s’attarde plus particulièrement sur ses yeux d’un bleu clair électrisant et déroutant. Elle s’y sent attirée, comme si une force la plongeait de force dans ce bleu ciel accueillant. Elle se détache de ses prunelles dangereuses et tentatrices et continue son inspection secrète. Il a des cheveux noirs dont quelques mèches retombent sur son front, lui donnant un air négligé et un peu sauvage. Elle a envie de passer sa main dedans, tellement cette chevelure semble douce.
Le jeune homme tourne la tête dans sa direction. Prise en flagrant délit, elle baisse la tête et rougit. Le garçon sourit et sort une feuille de son sac, ainsi qu’un crayon. Il se met à dessiner, apparemment peu intéressé par le monologue du professeur. Keyla ne peut s’empêcher d’observer ses moindres faits et gestes. Elle laisse ses yeux suivre les traits tracés par ce mystérieux garçon qui l’intrigue et l’attire alors qu’elle ne le connaît pas. Son coup de crayon est extraordinaire. Elle est émerveillée par la qualité de son dessin.
Il tourne à nouveau la tête vers elle et lui sourit. Keyla rougit à nouveau, il doit la trouver ridicule.

-Moi c’est Adam, se présente le jeune homme en la fixant de son regard troublant et pénétrant. Et toi ?

Keyla, désemparée face à cette question à laquelle elle ne peut pas répondre, baisse la tête, le regard triste. Encore une fois, elle va passer pour la fille associable. La fille qui préfère être seule et qui ne veut parler à personne. Mais elle n’y peut rien. Tous les mots qui aimeraient franchir ses lèvres restent coincés au fond de sa gorge. Aucun son n’est plus sorti de sa bouche depuis cette soirée où elle a vu sa mère mourir et où elle a failli perdre Josh. Plus aucun. Elle aimerait tant parler à nouveau, crier au monde entier toutes ses émotions, mais elle ne peut pas. Les mots échouent sur ses lèvres dans un appel muet. Parmi les gens de son âge, personne ne la comprend. C’est ce qu’elle a vécu dans l’établissement précédent. Elle était la risée de tous. La rejetée. La coincée. Et ça allait recommencer, elle en est certaine.

Elle soupire, affligée, et fixe la table de ses deux émeraudes où perlent quelques larmes. Adam la dévisage. Il ne comprend pas la tristesse qui habite les traits de cette fille. Il cherche ce qu’il a bien pu faire de mal. Il s’apprête à réitérer sa demande, mais une autre idée lui vient en tête. Il se saisit d’une autre feuille et écrit les mêmes mots qu’il a prononcés quelques secondes auparavant. Il glisse le papier sous le nez de Keyla et se cale bien contre le dossier de sa chaise en observant la jeune femme dans l’attente d’une réaction plus positive.
Lorsqu’elle reçoit le mot, Keyla ouvre de grands yeux. Elle tourne vivement la tête vers Adam qui lui adresse un sourire amical. Cette marque d’attention lui réchauffe le cœur. Quelqu’un s’intéresse enfin à elle. C’est le premier jeune de son âge qui ne la fuit pas, ne l’ignore pas et ne se moque pas d’elle. Un poids énorme s’enlève de son cœur et elle se sent soulagée. Elle a l’impression que cet Adam est quelqu’un de bien et décide de lui accorder un peu de sa confiance et de son amitié. Cela fait tellement longtemps qu’elle tente de s’ouvrir aux autres, de s’ouvrir au monde, et elle a enfin trouvé une occasion de le faire. Elle espère que ce garçon aux yeux envoûtants sera à la hauteur de ses attentes. Peut-être a-t-elle tord de se réjouir si vite et de placer autant d’espoir en cet inconnu, mais il lui inspire confiance et elle a toujours été douée pour déceler la vraie nature des gens. Elle ne voit en lui que sympathie, douceur et bonheur. Elle en est sûre, c’est la personne idéale pour l’aider à comprendre ce monde et à se faire accepter des gens de son âge. Et elle a promis à Josh de le faire, ça lui tient donc très à cœur.
Elle prend un crayon dans sa trousse et lui répond. Commence alors un échange de billets qui dure jusqu’à la fin du cours.

« Keyla »

« C’est joli comme prénom... Je sais, c’est naze comme phrase, ça fait un peu le cliché du dragueur, mais c’est ce que je pense ;) »

« Merci... Tu vis à New York ? »

« Oui, j’habite près d’ici, dans le quartier juste derrière la fac. »

« Et tu arrives en retard ? »

« Je crois qu’il n’y a pas un jour où je suis arrivé à l’heure depuis que je suis ici. »

« C’est ta première année aussi ? »

« Non, j’ai redoublé, je suis en rattrapage... »

« Oh... désolée... »

« Tu ne pouvais pas savoir. Mais c’est pas grave, j’ai des horaires allégés comme ça ☺. Et toi, tu habites près d’ici ? »

« Environ à vingt minutes, près de la piscine couverte. »

« Tu connais bien la ville ? »

« Non... Je ne sors pas beaucoup et je vais souvent chez mon père qui habite loin d’ici. »

« Tes parents sont divorcés ? »

« Je... C’est compliqué... »

« D’accord, je n’insiste pas alors. Comme tu connais pas bien l’endroit, on peut se voir après les cours, je te fais visiter quelques endroits, ça te dis ? »

La sonnerie retentit et coupe la conversation cachée des deux nouveaux amis. Les autres étudiants sortent en trombe de la salle, soulagés. Le professeur Banner interpelle Adam en lui faisant signe de le rejoindre. Avant de descendre vers le bureau, Adam ramasse la feuille où trône leur conversation, adresse son plus beau sourire à Keyla et lui lance un « à la prochaine » enjoué. La jeune femme le regarde descendre nonchalamment les marches et ne peut s’empêcher de rire devant son attitude. Elle rassemble ses affaires et sort de la salle. Elle traverse les couloirs et pénètre dans une autre salle où elle va assister à son prochain cours. Elle s’assoit et plonge dans ses pensées. Le visage angélique d’Adam flotte dans son esprit et un sourire étire ses lèvres.
Pendant ce temps, Adam a rejoint M. Banner dans son bureau et attend sa sentence pour être arrivé en retard. Après avoir pris connaissance de sa punition, il se rend à la cafétéria. Il se laisse tomber sur une chaise, à une table vide et sort la feuille de sa conversation avec Keyla de sa poche. Il la pose sur la table et la contemple avec une expression satisfaite sur le visage. Un de ses amis le rejoint très vite et se pose en face de lui.

-Alors Adam, tu es encore arrivé en retard je parie ?, le taquine son ami en rigolant.

-Comment tu as deviné ?, répond Adam en riant à son tour.

-Alors, quoi de neuf ?, s’informe l’ami en s’appuyant sur la table de ses deux mains.

-J’ai rencontré une fille..., dit Adam en affichant un air mystérieux.

-Et ? Tu comptes faire plus ample connaissance ?, s’enquit le jeune homme en face de lui, avec un sourire en coin.

-Mmm... Exactement, murmure Adam en lançant à son ami un regard entendu.

Ils rient et continuent leur conversation sur d’autres sujets. Adam garde l’image du visage doux et innocent de Keyla dans son esprit. Cette fille l’intrigue, il a envie d’en savoir plus, de la connaître et de passer du temps avec elle. Et qui sait, peut-être qu’ils deviendront bons amis et qu’ils tisseront des liens forts. Peut-être qu’il arrivera à l’apprivoiser, elle qui semble être comme un animal sauvage perdu au milieu d’une civilisation qu’elle ne comprend pas. Il se promet de percer le mystère que cache cette jolie étudiante aux yeux aussi verts que deux diamants étincelants.

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